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SpaceX – Le rêve du gosse Elon Musk – Ep 2

Dans ce second épisode, je vous emmène avec le créateur de SpaceX, ou comment l’écolier qui lançait des fusées dans la cour de récréation est devenu le premier fournisseur de la Nasa.


île de Kwaj, Océan Pacifique.

3 août 2008, 14h34

“Elon, c’est bon la fusée vient de décoller !”

“Yeah, bravo les gars, on va voir comment elle se comporte.”

Pour ce troisième lancement de SpaceX, Elon Musk est tout sauf rassuré. Il sait qu’il joue à quitte ou double. Après les deux précédents échecs, un troisième signerait l’arrêt de mort de SpaceX.

La Falcon 1 s’élève majestueuse dans le ciel azuré. 

Elon Musk peut être tranquillisé. 

La première partie de la fusée vient de se séparer du corps de l’engin.

“It’s done !” – marmonne un Elon qui sent les larmes lui monter aux yeux. 

Au sol, le personnel de SpaceX explose de joie. La récompense de plusieurs longs mois de travail sur cet îlot isolé au large d’Hawaï est sous leurs yeux.

“What the fuck ?”

Elon et tous les employés de SpaceX voient en un instant Falcon 1 disparaître dans une gigantesque explosion.

Et avec lui les espoirs de succès de SpaceX.

“Ici, Elon Musk, je m’adresse à tous les employés de SpaceX. Nous allons faire un quatrième essai. Ça va marcher cette fois, ne vous en faîtes pas.”

Le directeur financier de Spacex regarde Elon avec stupéfaction. Il n’y a plus d’argent dans les caisses, un quatrième lancement lui semble d’emblée exclu. 

Bienvenue dans la trilogie Elon Musk. Un des plus atypiques entrepreneurs dont la réussite n’égale que les risques qu’il n’a de cesse de prendre. Dans ce second épisode, je vous emmène avec le créateur de SpaceX, ou comment l’écolier qui lançait des fusées dans la cour de récréation est devenu le premier fournisseur de la Nasa. 

Retrouvez les autres épisodes de la trilogie:

Elon Musk, la construction d’une icône: de l’Afrique du Sud à Paypal – Ep 1

Comment Elon Musk a construit Tesla ? – Ep 3

Table des matières

2001 L’ODYSSÉE DE L’ESPACE

CRÉER SES PROPRES FUSÉES : LES DÉBUTS. LA CRÉATION DE SPACEX

TESTER VITE POUR CONSTRUIRE

DES ESSAIS METTENT SPACEX AU BORD DU PRÉCIPICE

UNE QUASI FAILLITE

LES SOUS ET LA NASA

ÉPILOGUE

2001 L’ODYSSÉE DE L’ESPACE

Janvier 2001

Elon vient d’être éjecté de son poste de CEO chez Paypal, même s’il conseille toujours l’entreprise. Il s’ennuie.

Mais l’ennui ne dure jamais chez cet hyperactif. Elon se souvient de ses rêves d’enfants, des fusées artisanales qu’il fabriquait avec ses cousins. 

Là où la plupart d’entre nous balayons nos rêves d’enfant d’un revers de la main, Elon y voit le germe d’une idée qui va changer le monde. 

L’espace l’appelle et il va tout mettre en œuvre pour y aller. 

Première étape, déménager à Los Angeles pour se rapprocher de l’industrie spatiale.

Deuxième étape, se faire un réseau et acquérir des connaissances dans un secteur dont il ne connaît rien.

Musk adhère très rapidement à la Mars Society, une association de passionnés d’espace.

Musk ne connaît rien à l’espace mais son esprit scientifique et sa soif de connaissance le font vite remarquer dans ce petit milieu.

Presque plus que les 100 000 dollars qu’il apporte à la Mars Society.

Si la Mars Society prévoit d’envoyer des êtres vivants sur Mars, alors la Nasa doit avoir un programme extraordinaire. 

Voilà ce que pense Musk.

Mais une fois sur le site internet de l’agence spatiale, la déception est à la hauteur de ses attentes. 

Pas de plan pour aller sur Mars, aucun projet, aucun calendrier.

Un vide sidéral qui fait tourner la tête d’Elon.

La NASA n’est pas à la hauteur de ses rêves d’enfants. 

Pour Elon, les choses sont claires, c’est à lui qu’incombe la réalisation de ses rêves.

Son plan ? Démontrer que la vie sur Mars est possible. Il compte y envoyer une serre végétalisée et y faire pousser une plante.

En attendant, Musk planifie 15 à 20 millions d’investissements. Alors que les spécialistes évaluent un lancement autour de 200 millions.

Mais Musk a un plan. Il va acheter un lanceur dans le pays où tout se vend depuis la fin des années 90 : la Russie.

Musk sait qu’il a besoin d’un contact pour se faire. Très vite, il identifie Jim Cantrell, un expert en armement qui a travaillé pour les USA en Russie. 

Pour Musk le profil est parfait, il reste à le convaincre.

“Hey, bonjour, je suis Elon Musk, je vous appelle, je suis multi millionnaire et je veux acheter une fusée aux russes pour aller dans l’espace !” 

“Ian, vous vous appelez Ian ?”

“Non, Elon, mais celà n’a aucune importance, ce qui compte c’est que je veux aller sur Mars.”

Les deux hommes conviennent d’un rendez-vous et Elon parvient à convaincre Jim de partir avec lui en Russie pour acheter une fusée.

Négociations sans fins et déjeuners d’affaires s’enchaînent dans les hangars décatis de l’ex URSS. Toasts à la vodka et autres blinis ne masquent pas le mépris des russes pour ces amateurs américains en mal de sensation.

Elon ne veut pas payer le prix demandé par les russes, trop cher selon lui. 

“Non, mon jeune garçon”

La phrase pleine de condescendance résonne encore dans la tête d’Elon quand il remonte dans l’avion avec ses collaborateurs. 

Cantrell et l’équipe se pose, les verres de whisky tournent. ça y est, les russes sont derrière eux.

Elon lui, seul au fond de l’appareil, ne décroche pas de son ordinateur portable. 

“Hé les gars”, dit-il, “je crois que nous pouvons construire cette fusée nous-mêmes.”

“C’est ça” – lui dit Cantrell

“Jim, je suis sérieux, regarde donc cette P**** de feuille de calcul.”

Elon se saisit de la tête de Jim et le force à la tourner vers l’écran de son portable sur lequel il tape depuis une heure.

Cantrell et Griffin découvrent le document qui détaille le coût des matières nécessaires pour construire, assembler et lancer une fusée.

La lecture est sans appel : techniquement, il est possible de construire une fusée low-cost.

Elon satisfait tapote de la main une des nombreuses revues techniques qui font son quotidien depuis des mois.

“Je crois que je sais lire, maintenant, il nous faut un ingénieur pour construire notre fusée.”

Au même moment, Tom Mueller s’active sur son bébé de 36 kilos. Un moteur capable d’une poussée de six tonnes

Musk et Mueller se rencontrent en janvier 2002. Après quelques échanges techniques, les hommes sont convaincus mutuellement.

Mueller connaît tous les tenants et les aboutissants de la construction d’une fusée.

Pour Elon, ce bricoleur de génie est l’homme de la situation. 

L’homme qui va l’emmener dans l’espace.

CRÉER SES PROPRES FUSÉES : LES DÉBUTS. LA CRÉATION DE SPACEX

Space Exploration Technologies, qui deviendra SpaceX, naît en juin 2002. Musk achète un ancien entrepôt et y installe une douzaine de salariés dont son ingénieur en chef, Mueller. 

Elon, en bon entrepreneur, voit alors dans l’espace un endroit comme un autre. 

C’est-à-dire un marché économique avec des parts à prendre.

En regardant le coût d’envoi d’un satellite dans l’espace, il imagine qu’il peut entrer sur le marché en proposant une offre low-cost. 

Envoyer de petits satellites à des tarifs abordables.

Reste qu’il doit tout construire lui-même et partir de zéro là où ses concurrents s’appuient sur plus de soixante années d’expériences.

Pour ce faire, Elon opère avec les méthodes qu’il a apprises dans la Silicon Valley. 

Dès le début, et à l’instar de Tesla, il veut que sa société spatiale agisse de manière véloce et agile. Il teste et améliore en permanence. Même avec des fusées. 

Ses concurrents dépensent des sommes faramineuses, notamment en multipliant les sous-traitants, SpaceX conçoit et fabrique quatre-vingt pour cent de sa fusée en interne. 

Cassant certains tabous de cette industrie, il va jusqu’à faire travailler ensemble mécaniciens et ingénieurs des plus prestigieuses universités américaines.  

Mueller, l’ingénieur en chef, est impressionné par sa manière de faire.  Elon élimine, réunion après réunion, les éléments qui ne sont pas dans sa culture de start up pour ne garder que les meilleurs.

Suite à la vente de Paypal à Ebay, Elon a désormais les moyens de lancer une fusée dans l’espace et garde néanmoins pour sa mission sur Mars, l’esprit sur terre. Même si son raisonnement reste parfois difficile à suivre par ses équipes.

Il fait ainsi repeindre à grand frais son entrepôt du 310 East Grand Avenue, alors qu’il refuse un budget supplémentaire à ses ingénieurs pour une turbine.

“On peut faire moins cher.”

Voilà, ce que leur dit Elon, qui en revanche, pense qu’on ne fait jamais assez de communication. 

C’est ainsi que sans sourciller, le millionnaire annonce un calendrier qui apparaît pour le moins absurde.

Il prévoit un premier lancement en novembre 2003, quinze mois après la création de SpaceX.

En parallèle, Elon mène un autre projet. 

Son premier fils Nevada Alexander naît en mai 2002. 

Et meurt dix semaines plus tard, de la mort subite du nourrisson.

Pour Elon il est hors de question d’en parler.

Parler de la souffrance ne sert à rien, celà vous empêche d’avancer. 

Et à ce moment-là, il a plus envie que jamais d’aller de l’avant. 

TESTER VITE POUR CONSTRUIRE

“Je pense qu’ils sont condamnés. Je suis sceptique. Jamais une entreprise privée ne deviendra un leader de la conquête spatiale.”

Tous les discours défaitistes du monde n’empêchent pas Musk de persévérer. Sans doute, parce que le pire pour lui serait de ne rien tenter.

L’argent de Paypal et sa détermination lui permettent d’y aller à fond.

Ses sous-traitants sont chers et hors délais ? 

Il décide de tout faire tout seul.

La conquête de l’espace demande les meilleurs ingénieurs ?

Musk appelle personnellement les meilleurs étudiants dans leurs Universités pour les recruter.

Sans compter qu’il n’hésite pas à débaucher chez ses concurrents comme Boeing.

Son job ?

Trouver les meilleurs essayeurs de fusées du monde.

Il recrute notamment, Gwynne Shotwell, ancienne de l’industrie aérospatiale, qui deviendra son bras droit et présidente de SpaceX. Ou encore Mary Beth Brown, son assistante, qui devient une prolongation de lui-même. 

La méthode Musk ? Un savant équilibre entre ultra-compétence, ingéniosité extrême et exigence délirante.

Ainsi pour installer son site test, il déniche l’endroit idéal au Texas qu’il rachète à l’armée américaine. Cent vingt  hectares de terrain précédemment occupés par Beal, un millionnaire qui a renoncé à envoyer des fusées dans l’espace en laissant tout une infrastructure dont va se servir SpaceX.

Ça tombe bien Musk n’a pas le temps d’en construire une. 

Il tient à respecter son calendrier délirant et met ses équipes sous pression.

D’autant plus qu’il a trouvé un premier client.

Falcon 1 doit lancer son premier satellite en janvier 2004.

Et pour l’instant même les essais ne sont pas concluants. 

“Elon, ça a encore pété. Nous pourrions mettre en place un autre putain de truc, mais j’ai assez merdé pour aujourd’hui”

“Hey Tom D’accord, c’est bon, tout va bien. Calme-toi. On recommencera demain.”

Quand il raccroche avec Mueller, Elon a les larmes aux yeux. 

Ce qui ne l’empêche pas de mettre les bouchées doubles pour tenir ses délais.

Les équipes sur place travaillent 12 heures par jour et si l’ambiance est studieuse, l’usine résonne aussi d’une autre musique. 

Deux fois par semaine, sur le coup des huit heures du soir, Elon et ses équipes se canardent en groupe sur Counter strike ou Quake Arena III.

Même là, sa ruse, son sens de l’anticipation et ses réactions dignes d’un terminator le rendent imbattable.

En attendant, Elon cherche à faire un gros coup de pub et fait construire un prototype de fusée…qu’il exhibe partout et notamment sur la pelouse de la Federal Aviation Administration en 2003 à Washington. 

Et Elon de se pavaner dans son prototype devant un aréopage officiel et d’annoncer qu’il projette la construction d’une seconde fusée.

Pour Musk le savoir-faire est aussi important que le faire savoir.

Sa nouvelle fusée : la Falcon 5. 

Cinq moteurs, quatre tonnes de charges utiles et surtout la capacité de ravitailler la station spatiale internationale.

Le marché de la NASA vient de s’ouvrir à SpaceX

Enfin, en théorie, parce que dans les faits, on n’en est qu’aux tests et le premier test a lieu en 2005, avec plus d’un an de retard.

Et du retard, il n’y en a pas qu’à l’allumage. 

DES ESSAIS METTENT SPACEX AU BORD DU PRÉCIPICE

2005, base militaire de Vandenberg, Californie.

Elon Musk et Tom Mueller testent la mise à feu de leur première fusée. 

“Well done, Tom, la mise à feu est réussie”

“Est ce qu’on a une date de lancement maintenant ?”

“Hélas non,  j’ai l’impression que les militaires font traîner, ils parlent d’un lancement en  2007.”

“2007 ? Hors de question. Tom, on laisse tomber Vandenberg et tu me dégotes un autre site de lancement.”

Deux semaines plus tard, Mueller présente à Musk une île de l’océan Pacifique, perdue entre Guam et Hawaï.

Bienvenue à Kwaj, nouveau site de lancement de SpaceX.

Sur place la situation est loin d’être idyllique. 

Du jour au lendemain des équipes spécialisées qui ne se parlent pas doivent fusionner dans une approche pluri-disciplinaire.

Tout est à faire, couler une dalle de béton, construire des bureaux, tout cela sous un soleil de plomb et un taux d’humidité qui avoisine les 80%.

Les équipes de SpaceX font des allers retours entre la Californie et Kwaj.

Entre deux avions, elles négocient les budgets avec un Elon Musk aux arbitrages parfois étonnants.

Ainsi il refuse de faire paver les deux cent mètres entre le hangar et le pas de tir. 

Au grand dam de l’équipe qui se retrouve à déplacer la fusée à l’aide de madrier à l’image de ce que faisaient les ouvriers égyptiens.

4000 ans auparavant.

En novembre 2005, l’équipe de SpaceX est prête pour son premier lancement.

Elon et son frère Kimball se rendent sur place. 

Lancement avorté. 

L’oxygène liquide s’échappe dans l’atmosphère.

Elon s’impatiente.

Le grand jour arrive enfin le 24 mars 2006.

La Falcon 1, dressée comme un seul homme, s’élève dans le ciel.

25 secondes plus tard, la fusée explose en plein ciel.

Elon prend cinq minutes pour constater la situation puis s’adresse à son équipe : 

“SpaceX est là pour longtemps et, quoi qu’il arrive, nous allons réussir.”

Musk est prêt à se battre jusqu’au bout. 

Retour à la case départ.

15 mars 2007, ïle de Kwaj, atoll des Îles Marshall.

“Séparation du premier étage, OK !”

“Kestrel pour mise en orbite opérationnel”

“Largage tête de Falcon 1, OK”

“Elon, on  l’a fait, elle va se mettre en orbite”

“Yes Mueller, toi et tes équipes, vous êtes des bons.”

“Mon Dieu, Elon, elle tremble…”

“Oh shit !”

Elon lâche sa dernière exclamation avant de voir Falcon 1 exploser.

Nouvel échec.

Derrière les deux hommes, le directeur financier fait la grimace. Il sait que SpaceX ne peut se permettre qu’un seul nouvel essai et encore. 

Sans compter qu’il a eu vent de la rumeur. En cas d’échec, le ministère de la Défense retire son contrat.

Alors que les débris de la fusée retombent sur l’île, Elon fixe à nouveau son regard au-delà de l’horizon.

Il ravale ses soucis financiers, et sans se préoccuper de la véracité de ses propos, il rassure encore à son équipe  une fois qu’il ira jusqu’au bout. 

UNE QUASI FAILLITE

En attendant un nouveau lancement, SpaceX brûle 100 000 dollars par jour.

Il ne lui reste quasiment plus d’argent. Tesla et SpaceX ont raison de sa fortune.

Et pas seulement de sa fortune. 

“Antonio, je vais te le dire entre quatre yeux. Que ce soit Tesla ou SpaceX, je consacrerai jusqu’à mon dernier dollar à ces entreprises. Si nous devons aller nous installer dans le sous-sol des parents de Justine, nous le ferons.”

“Hum, Elon, tu crois vraiment que les parents Justine t’accueilleront les bras ouverts ?”

Dans les faits, Elon ne se pose même pas la question. Depuis longtemps, ses relations avec Justine se sont distendues.

Le 16 juin 2008, le couple divorce. 

La fin d’une histoire que Justine résume dans cette formule lapidaire.

“Nous avons eu du bon temps. Nous nous sommes mariés jeunes, nous sommes allés aussi loin que nous pouvions et à présent c’est fini.”

Fin de son mariage, problèmes de trésorerie, là ou n’importe qui replierait la voilure, Elon multiplie les projets.

Et quand il affirme en public être en mesure de décrocher les contrats de la NASA, les experts ne manquent pas de sourire ouvertement. 

Alors qu’il a à peine de quoi finir l’année, Musk planifie un troisième vol et lance un nouveau projet.

La Falcon 9.

Une fusée qui produit le 30 juillet 2008 son petit effet au Texas avec ses 400 tonnes de poussées.

Trois jours plus tard, le 2 août 2008, c’est un nouvel essai pour la Falcon 1.

Avortée à T moins zéro seconde. 

Musk met la pression sur ses équipes, il veut un nouvel essai le jour même.

Peine perdue, la Falcon 1 et sa charge de 170 kilos ne survit pas à la séparation des étages de la fusée.

Les premières paroles d’Elon sont pour consoler et encourager ses salariés, ses seconds mots pour rassurer son marché et ses clients. 

“SpaceX dispose d’une autre fusée prête pour tenter un quatrième lancement et un cinquième est prévu peu après. J’ai aussi donné le feu vert à la fabrication du vol six. Parallèlement, le  développement de la Falcon 9 va se poursuivre sans ralentissement, je vous le garantie.”

Dans les faits, la situation est un poil plus complexe. SpaceX peut encore faire un lancement en grattant les fonds de tiroir. 

Lancement qui a lieu le 28 septembre 2008.

Enfin, on peut parler de miracle ! 

Les salariés de SpaceX pleurent et sautent de joie. C’est 6 ans d’enfer qui sont enfin derrière eux.

SpaceX vient de réussir l’exploit d’être la première société privée à avoir mis sa fusée en orbite.

Six ans seulement après sa création.

Et Elon de conclure cette journée devant les salariés extatiques : 

“Je me sens plutôt éreinté et j’ai donc du mal à dire quoi que ce soit mais, les gars, c’est sans aucun doute l’un des plus beaux jours de ma vie, et je pense que ça l’est aussi pour la plupart des gens ici. Nous avons montré que nous étions capables de le faire. C’est juste le premier pas, il y en aura beaucoup d’autres… “

Une affirmation démentie par la situation financière catastrophique de SpaceX.

LES SOUS ET LA NASA

SpaceX a bien un contrat avec le gouvernement de Malaisie mais le lancement et le règlement n’interviennent qu’en 2009.

Et 2008 n’est clairement pas la meilleure année pour Musk.

Justine l’attaque dans la presse. 

Tesla et SpaceX font les gros titres des journaux. 

Les articles moquent leur extravagant fondateur et son goût de la démesure.

À nouveau, Elon ressent le goût de l’humiliation de son enfance.

Son estime de soi est au plus bas.

Et elle descend encore plus quand il doit emprunter de l’argent à son meilleur ami, ou même quand ses beaux parents lui proposent d’hypothéquer leur maison pour payer ses dettes.

Pourtant, Elon ne dévie pas et continue de chercher des solutions.

Fin décembre, il apprend que la Nasa s’apprête à lancer un gros contrat d’approvisionnement vers la station spatiale internationale.

Budget: 1 milliard de dollars.

Il faut dire qu’entre Challenger en 1986 et Columbia en 2003, le programme américain est à l’amende. 

Avec quinze morts cumulés sur ces deux catastrophes, la stratégie de l’agence spatiale a un coup dans l’aile. Sans compter la dérive budgétaire faramineuse des dernières années.

Le 23 décembre 2008, Elon Musk reçoit son cadeau de Noël en avance.

SpaceX se voit allouer par l’agence spatiale américaine 1,6 milliards de dollars pour réaliser douze vols vers la station spatiale internationale.

Sa stratégie a fonctionné.

Il rêvait de l’espace, il l’a conquis.

Il a compris qu’il s’agissait avant tout d’un marché.

Et que pour entrer sur ce marché, il a divisé le coût du kilo envoyé dans l’espace par cinq.

Russe, chinois, européens, tous sont plus chers que lui.

Mais seul Elon rêve encore d’aller sur Mars. 

ÉPILOGUE

Enfin, s’il est seul à rêver de mars, il n’est pas le seul à vouloir faire de l’espace une nouvelle terre de conquête pour les hommes.

Jeff Bezos et sa société Blue Origin ou encore Richard Branson avec Virgin Galactic sont de la partie.

Même si l’un et l’autre moquent ouvertement l’extravagant monsieur Musk.

Peut-être parce qu’ils ont peur de cet homme ? 

Un geek capable d’absorber une quantité astronomique d’informations.

Un multimillionnaire dont les experts s’accordent pour dire qu’il est le meilleur ingénieur de SpaceX.

Un leader qui fédère autour de lui une armée d’ingénieurs. 

Un géant dont les visions sont tour à tour extraordinaires et ridicules.  

Aujourd’hui, l’Elon de SpaceX se voit comme l’entrepreneur de l’espace.

Car avec SpaceX, Elon Musk a réussi. 

SpaceX, c’est aujourd’hui une boîte d’une valeur de 12 milliards de dollars. Chaque mois un Falcon décolle sans incident. Ses clients payent les coûts les plus bas du marché.

En prenant à bras le corps la conquête de l’espace, il a rendu fier tous les américains.

Ses concurrents, ce n’est plus Boeing mais c’est la Chine ou la Russie. Oui, des pays !

Désormais, Elon Musk veut augmenter la taille de ses fusées pour transporter plus de personnes. 

Les transporter sur Mars.

Car Elon n’a pas renoncé à son rêve.

Son rêve d’aller sur Mars.

Et ça, c’est une autre histoire.

Notes

Elon Musk: Tesla, PayPal, SpaceX : l’entrepreneur qui va changer le monde – Ashlee Vance – Eyrolles

https://waitbutwhy.com/2015/08/how-and-why-spacex-will-colonize-mars.html

https://www.lemonde.fr/series-d-ete/article/2021/07/22/elon-musk-la-tete-dans-les-etoiles_6089182_3451060.html

https://fr.wikipedia.org/wiki/Elon_Musk

Table des matières

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