La chute spectaculaire de WeWork et d’Adam Neumann – Ep 2

Adam Neumann fait de WeWork une licorne avec une valorisation de presque 47 milliards de dollars. Mais il a la folie des grandeurs. Il finit par se brûler les ailes spectaculairement.


Avril 2018 – Tokyo Shiodome Building – Siège de Softbank

En sortant de l’ascenseur, Adam se surprend à siffler l’air qu’il a entendu.

Un air de K-pop, cette pop coréenne qui a envahi le Japon. Sans doute, un discret hommage de Son à ses origines se dit le CEO de WeWork.

Quand il arrive à l’étage où travaille Son, même lui est impressionné.

Le milliardaire l’accueille tout sourire dans un bureau gigantesque. 

La vue à 360 degrés sur Tokyo donne à la pièce une atmosphère entre ciel et terre.

Adam se sent légèrement enivré comme après une bouffée de marijuana fumée un peu trop tôt dans la journée.

Son, comme toujours, est satisfait de l’effet que procure son bureau.

Le multimilliardaire, investisseur historique de Yahoo et Ali Baba aime afficher sa réussite insolente.

Et, aujourd’hui, il veut d’autant plus impressionner le CEO de WeWork qu’il a un message à lui faire passer.

Adam et Son viennent de finir de dîner quand le patron de Softbank prend la parole, presque solennellement.

“Adam, je voudrais te montrer une vidéo…”

“Vas-y envoie Son ! Avec toi je suis prêt à tout”

Sur l’écran plat s’affichent les performances de Ritesh Agarwal, le patron de Oyo Hôtel, une entreprise soutenue par Softbank.

Adam frémit, la comparaison avec WeWork est sans appel.

Oyo Hôtel se développe plus rapidement que sa société mais surtout son taux de croissance est largement supérieur.

“Ton petit frère va te battre – dit Son à Neumann. Il est plus audacieux que toi ! Alors que vas-tu faire ?”

Adam reste sans voix.

“Je vais te le dire. Tout seul, tu ne feras rien  mais NOUS, oui. Nous allons faire de WeWork, une communauté mondiale.”

Une fois le discours de Son terminé, les deux hommes se mettent au travail.

Leur plan ? 

Faire de WeWork une entreprise valorisée en trillion de dollars.

Bienvenue dans l’histoire de la folle ascencion et de la chute d’un homme qui va changer l’image du co-working: Adam Neumann, le fondateur de WeWork. Dans le 2e épisode de cette série en 2 épisodes, je vous raconte la chute d’Adam pris dans la folie des grandeurs.

Retrouvez le 1er épisode => Comment Adam Neumann, un dyslexique fêtard, a fait de WeWork, une licorne ? – Ep 1

Table des matières

La rencontre entre Son et Adam

WeWork : des dépenses et des dépenses

Tu dois être plus fou, Adam

La folie des grandeurs

Une idée à 1 trillion de dollars !

Adam Neumann, le mégalo !

Préparation de l’entrée en bourse: un échec cuisant

La catastrophe et le départ

Épilogue: Il part riche et révulse tout le monde

La chute spectaculaire de WeWork et d’Adam Neumann - Ep 2

La rencontre entre Son et Adam

Depuis la déjeuner entre Adam et son vice-président, la température n’est pas redescendue pour WeWork, au contraire. La croissance se poursuit dans une sorte de fièvre compulsive. Au début de l’année 2016, WeWork compte 65 sites, aux États-Unis mais aussi Israël et en Europe. Et bientôt la Chine.

WeWork est bien partie pour devenir la première entreprise de coworking du monde.

8 heures un matin de janvier 2016. Bangalore.

Adam s’apprête à monter sur la scène du mythique Vigyan Bhavan, le premier centre de convention de New-Delhi. Il prend la parole devant un parterre d’entrepreneurs indiens aux côtés de héros de la nouvelle économie comme Travis Kalanick, d’Uber.

Adam est égal à lui-même. La veille, encore en train de dessaouler, il a manqué une rencontre avec l’un des hommes les plus riches d’Inde. Le jour même, il déploie son mètre quatre-vingt seize, vêtu d’un gilet traditionnel indien. Son discours empreint de références spirituelles et entrepreneuriales est un succès.

“Nous sommes dans dix-neuf villes, nous sommes dans sept pays, nous sommes sur trois continents, et nous ne faisons que commencer ! Nous sommes à l’image de ce que je vois en Inde. Une nouvelle génération d’entrepreneurs qui aligne le bien faire et faire le bien autour d’eux.”

Parmi l’assistance Masayoshi Son, le milliardaire incline la tête. Le discours enflammé lui plaît. Le japonais qui a été pendant trois jours l’homme le plus riche du monde avant l’effondrement de la bulle internet est séduit. 

“Son, vous voyez, WeWork approche bientôt de ses cent emplacements !”

“Cent ? Ce n’est rien quand le monde compte des centaines de millions de personnes qui travaillent dans des bureaux !” 

“Oui, mais nous avons le temps, Miguel et moi créons une entreprise qui durera cent ans !”

“Adam, ce que vous voulez faire en 100 ans, on peut le faire en 10 si j’investis chez vous.”

Adam vient de rater son avion , mais qu’importe lui et Son ont eu un coup de foudre.

Reste à savoir où la foudre va tomber.

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WeWork : des dépenses et des dépenses

Short, lunette de soleil et sourire éclatant, Adam sort de son conseil d’administration avec une pêche d’enfer.

Il vient de convaincre son board d’investir 13,8 millions de dollars dans Wavegarden. Une société qui a créé la première piscine à vagues… pour surfer.

Pourquoi WeWork a pris 42% de participation dans Wavegarden ? Pour Adam c’est évident: les piscines à surf vont générer de l’attractivité pour les campus d’entreprise qu’il pourrait construire.

À ce moment là, en 2016, si certains salariés s’étonnent des investissements de WeWork,  la réponse est toujours la même :

Ce que fait Neumann est toujours bien fait. 

Adam n’a de cesse de multiplier les investissements dans des entreprises à la finalité parfois très éloignée de WeWork.

Pour autant, l’argent ne rentre plus comme avant. 

Sur les six premiers mois de l’année 2016 WeWork a perdu 191 millions de dollars sur 178 millions de dollars de revenus. À titre de comparaison, en 2010, année de sa création WeWork a dépensé 1 million de dollars. Aujourd’hui, c’est le montant qu’il perd chaque jour.

Comme l’explique Miguel à son co-fondateur.

“Adam, on a un problème de cash. Les levées de fonds récentes ne suffisent pas à nous renflouer.”

“Ne te tracasse pas Miguel, j’irais chercher l’argent nécessaire.”

“Ça ne suffira pas, je crois qu’il faut penser à une introduction en bourse.”

“Ouais, à condition qu’on soit valorisé pour ce qu’on est.”

“C’est un autre problème, Adam.  Les frais de personnel ont explosé. Il y a un an nous étions 250 et aujourd’hui, nous sommes mille ! La bourse n’aime pas trop ce genre de d’indicateur.”

“Hum, tu crois qu’il faut licencier Miguel ?”

Le plus ahurissant c’est que la discussion se tient sept mois à peine après l’investissement dans Wavegarden.

Finalement, Wework licencie soixante-dix personnes. 

Adam convoque l’ensemble du personnel et d’une voix grave annonce que WeWork doit s’alléger pour mener à bien sa mission.

Les larmes au yeux il remercie ses salariés :

“Si WeWork est là c’est parce que vous êtes là.”

Puis dans transition, il annonce un invité surprise.

“Mais WeWork continue ! Faites du bruit pour Darryl McDaniels de Run DMC !”

La suite se perd dans un concert cathartique noyé sous la musique et les verres de Tequila. 

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Tu dois être plus fou, Adam

Masayoshi Son de son côté monte un nouveau fond : Vision fund.

Une machine de guerre pour l’investissement : 100 milliards de dollars composé d’un mélange de fonds issus d’Arabie Saoudite, d’Abu Dhabi et de sa propre banque.

Et c’est en champion de l’investissement et créateur d’emploi qu’il se présente le 6 décembre 2016 devant le président Trump.

Quand il quitte la Trump Tower, il a presque deux heures de retard pour son prochain rendez-vous.

Et, Adam Neumann, nerveux, fait les cent pas dans son bureau en l’attendant.

“Adam, je n’ai que douze minutes à t’accorder.”

Neumann embarque directement son visiteur dans son laboratoire de R&D.

“Pas le temps, pas le temps Adam, on va continuer à discuter dans ma voiture.”

Les hommes se glissent à l’intérieur de la Mercedes Maybach class S de Son, bientôt suivi par une Maserati où s’entassent les assistants de Neumann.

“Écoute-moi, Adam, je viens de voir Trump. Je lui ai dit que j’allais investir aux États-Unis et WeWork fait partie des candidats potentiels.”

“Combien ?” – répond Adam

“4 milliards.”

“4 milliards de dollars ?”

“Ben oui, pas des roubles, hi, hi. En échange, je veux deux sièges au conseil d’administration. Je m’engage aussi à mettre de Softbank, 1,3 milliards pour racheter les parts des petits investisseurs et des salariés de WeWork.”

Même pour Adam, la proposition est folle. Lui qui a réussi à lever 1,7 milliards de dollars en 6 ans, on lui en propose 4 en 10 minutes.

Les deux hommes tombent d’accord et rédigent un préaccord à même la tablette de la voiture.

Et quand il signe, Adam ne fait pas attention. 

Il a signé à l’encre bleue quand le paraphe de Son s’étale à l’encre rouge. 

À ce moment-là, la Maybach ralentit à hauteur du feu de la 88ème rue.

“Go, go, go !”- hurle Son à son chauffeur.

La voiture bondit et brûle le feu rouge laissant derrière elle la Maserati avec les assistants de Neumann.

Adam n’a pas le temps de reprendre son souffle que Son enchaîne :

“Dans un combat celui qui gagne ce n’est pas le plus intelligent, c’est le plus fou. Tu n’es pas encore assez fou, Adam, pas encore.”

Des paroles que médite Neumann sur le chemin du retour tout en faisant ses comptes.

L’accord lui laisse le contrôle de WeWork et comme il va vendre une partie des actions qu’il a en commun avec Miguel, le pactole devrait lui rapporter 361 millions de dollars. Une bonne affaire.

Une affaire qui lui profite en tous les cas.

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La folie des grandeurs

Pour Adam, un boulevard vient de s’ouvrir devant lui.

Son a raison, il doit aller plus loin, plus vite et élargir sa vision de WeWork.

WeWork est une communauté, il le sait, il en est sûr et il doit lui donner les moyens de se développer.

Neumann multiplie les acquisitions : audacieuses selon lui, périlleuses selon certains analystes qui commencent à avoir des doutes.

Qu’importe, il achète Meetup, le site qui organise des évènements, et une école de codage, Flatiron School pour près de 200 millions de dollars.

Alors que l’argent de Son n’est pas encore sur son compte.

Rien n’est trop beau pour lui ou même pour sa famille.

Il n’y a pas d’école à la hauteur des capacités de sa fille ? Sa femme Rebekah et lui décident d’en créer une de toute pièce.

Plus il dépense et plus il semble s’éloigner de l’ADN de WeWork.

Ce que remarque un analyste en 2017 dans le New-York-Times.

“Si vous positionnez WeWork comme une société immobilière, elle ne vaut pas sa valorisation actuelle.”

Qui a raison ? 

Neumann avec ses 120 000 membres répartis sur près de 2 millions de mètres carrés d’espace en 2017 ; ou certains analystes qui pointent les dépenses à hauteur de 1,8 milliards de dollars la même année. 

Tout est plus cher. La crise immobilière est finie et les propriétaires louent leur locaux au plus offrant, qui se retrouve parfois être un concurrent de WeWork.

Même en interne des voix commencent à s’élever pour mettre en doute la stratégie du CEO

“Adam, il faut que je te parle, Regus vient d’ouvrir un nouvel espace sur la 56ème.”

“T’inquiète Miguel, la bannière qui flotte devant chacun de nos bâtiments est la meilleure de nos ambassadrices !”

“Sûrement, mais il n’ont pas nos pertes…”

“Ils n’ont pas non plus notre COM-MU-NAU-TÉ.”

“Adam, selon la dernière étude interne, nos membres ne se vivent pas comme des amis…”

“Oh Miguel ! À la com interne, ils sont nuls je vais tous les virer !”

La stratégie de Neumann est claire. Grossir.

Alors chaque jour il lance de nouveaux projets. ARK sa société immobilière, dont WeWork loue les locaux, une société de robotique ou même des sociétés à la production plus ésotérique.

2017 se termine avec 933 millions de pertes.

Mais Adam sait que la vérité est dans les 866 millions de chiffre d’affaires. 

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Une idée à 1 trillion de dollars !

Avril 2018 – Tokyo Shiodome Building – Siège de Softbank

“Adam, sais-tu ce que représente un trillion ?”

Adam repose ses baguettes et le sushi qu’il s’apprête à avaler face à la question de Son.

“100 milliards de dollars ? “

“1000 milliards de dollars.”

Son sourit, satisfait de son effet. 

“Mais pour l’instant nous en sommes loin, finissons de manger et je te montrerai quelque chose.”

Une fois la vidéo du fondateur d’Oyo Hôtel visionnée, Adam est attéré.

Son, son aîné de vingt ans, le regarde avec un mélange de ruse et de paternalisme.

“Adam, toi et moi, nous, nous pouvons y arriver. Nous pouvons valoriser WeWork à hauteur d’un trillions de dollars.”

Le reste de la nuit est consacré à mettre en place l’accord.

Son rachète les investissements existant de Neumann pour 10 milliards de dollars et donnent 10 milliards supplémentaires à We WorK.

Softbank devient le seul propriétaire avec Neumann.

Adam négocie serré et obtient que Son lui verse un acompte de 3 milliards – non remboursable – pour lancer l’affaire.

Cet accord arrive à point nommé. Plus besoin d’entrée en bourse, WeWork va pouvoir se développer avec l’argent de Son.

Reste à finaliser l’accord et Neumann met une armée d’avocats sur le coup.

WeWork va devenir le leader de l’immobilier mondial avec à sa tête Adam Neumann.

Adam comprend que cet accord vient de la faire rentrer dans la cour des rois.

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Adam Neumann, le mégalo !

Janvier 2018 – Westchester County Airport

Adam descend de son nouveau jouet  : un Gulfstream G650ER. Un jet privé qu’il vient de s’acheter 63 millions de dollars avec l’aval du conseil d’administration de WeWork.

Une jouet qui vient couronner ses acquisitions des deux dernières années. Sa salle de bain personnelle dans son bureau : marbre, jacuzi et bain de glace, sa Mercedes Maybach et toute une collection de voiture de luxe.

Adam se sent le maître du monde avec l’argent de Son.

Il est déjà dans le futur. Un futur où WeWork représente le consortium mondial dont il a toujours rêvé.  

Et quand on l’interroge sur le luxe tapageur qui l’entoure désormais, il n’a qu’une réponse :

“Nous sommes ici pour changer le monde – rien de moins que cela ne m’intéresse.”

Même la politique ne l’intéresse pas. Les seules élections où il pourrait se présenter sont celles de maître du monde.

À ce stade là, on ne sait plus s’il est sérieux ou s’il plaisante.

Sur l’argent en revanche, il ne plaisante pas. Il n’a de cesse de négocier et renégocier son accord avec Son.

Il veut garder le pouvoir de WeWork.

Et surtout.

Il veut plus d’argent. Toujours plus d’argent.

En conséquence de quoi l’accord traîne à se finaliser.

Neumann remonte la plage une planche de surf sous le bras.

Il soupire heureux en tirant sur son joint. Il profite de cette fin d’année 2018 pour s’octroyer du bon temps en famille.

Il songe au poney qu’il va offrir à sa fille à Noël, demain.

“Oh Son quel bon vent t’amène…”

“La tempête Adam, la tempête. Softbank a été durement touchée par la liquidation des valeurs technologiques…”

“Il faut revoir notre accord à la baisse, Son, c’est ça ?”

“Non Adam, je n’ai plus d’argent, il n’y a plus d’accord qui tienne.”

En raccrochant, Adam a compris. We Work va devoir entrer en bourse.

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Préparation de l’entrée en bourse: un échec cuisant

Février 2019 – Siège de WeWork

“Tu m’entends, je vais baiser Son, je vais le baiser jusqu’à l’os. Le plus petit des salariés se voit racheter des actions par Son et moi ? Rien. Non seulement il ne tient pas ses promesses mais en plus il veut me ruiner !”

Les crises de colère d’Adam sont récurrentes depuis quelque temps. 

En relançant inutilement Son sur l’accord plusieurs fois,  il a fini par perdre ce qui restait de leur relation.

À distance de son mentor, il prend conscience de sa solitude. Au moment de l’entrée en bourse, là où il a le plus besoin d’aide.

D’abord parce que malgré les 3 milliards injectés par Softbank ces dernières années, WeWork affiche 1,6 milliards de perte en 2018.

Ensuite à cause du S-1, le document sur lequel travaillent ses équipes jour et nuit. 

Le S1, le document de synthèse que toute société doit présenter avant de s’introduire en bourse.

Le principe du document est d’afficher, notamment, l’assise et la construction financière de la société.

Les équipes de WeWork ont beau tout faire mais lorsque la version publique du S-1 est dévoilée le 14 août 2019,  le roi est nu.

Tout y est.

La restructuration de WeWork à son seul avantage fiscal

Sa rémunération vertigineuse.

Les propriétés louées pour son seul agrément.

“Et surtout, sa main mise absolue  sur WeWork ou chaque action qu’il possède lui donne 20 droit de votes.”

Le jour même, Twitter s’enflamme, la presse se déchaîne.

Et les banquiers suivent. Enfin, pas vraiment, ils revoient à la baisse leur valorisation de WeWork. On est loin des 96 milliards initiaux ou même des 47 milliards d’il y a quelques mois.

Le chiffre de 30 milliards est évoqué avant d’être encore revue à la baisse.

Neumann s’acharne et mi-septembre l’introduction en bourse est sur les rails.

Et au moment où il a le plus de boulot, il est convoqué par son actionnaire principal Son Masayoshi.

Tokyo, pavillon bleu – propriété personnelle de Son Mayasoshi.

“Hello Adam, rentrons à l’intérieur pour discuter.” 

“Hello Son, je suis heureux de te voir.”

“Moi aussi Adam, moi aussi. Je vais être franc avec toi, je pense qu’il serait judicieux d’attendre un peu pour l’introduction en bourse.”

“Son ? Je pensais en venant que tu m’aiderais à présenter les choses au mieux en tant que premier investisseur ? “

“Je ne pourrais pas dissimuler ce qu’il y a dans le S-1. Il est prudent d’attendre.”

“Son, j’ai besoin de cet argent pour WeWork. Si tu n’as pas de solution à me proposer, la réunion est finie.”

Son Mayasoshi n’a plus de solution. 

Adam quitte le Japon, furieux et déçu.

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La catastrophe et le départ

Et il y a peu de chances qu’Adam trouve des solutions de son côté.

Même lui, malgré son arrogance, a bien vu les visages marqués par la défiance et le scepticisme des investisseurs potentiels.  

L’entrée en bourse se prépare sous des auspices catastrophiques.

Sans compter les changements que tentent de lui imposer son équipe.

“Je ne comprends pas pourquoi je dois faire cela !  Je ne veux pas faire ça. Non et non !”

Pour Adam, il est hors de question qu’on touche à la manière dont il pilote WeWork. C’est lui le chef, lui la valeur.

Mais tout est contre lui alors il finit par accepter quelques changements.

Trop tard ?

Les journaux continuent de détailler le S-1 attirant l’attention sur le fait que si les PDG de Slack ou Lyft ont été cité respectivement 47 et 57 fois dans leur S-1, Neumann a été cité 109 fois.

Les experts dans la presse parlent d’une valorisation de 15 milliards. Loin des 47 milliards cinq mois auparavant.

Ce matin-là, Mary Erdoes, conseillère pour JP Morgan anime sa énième réunion sur l’introduction en bourse de WeWork au siège de la société. 

Les échanges sont tendus et Neumann tient à peine sur sa chaise.

Mary a quelque chose à dire ce matin. Patiemment, elle attend que les échanges arrivent à un point de blocage. C’est le cas de toutes les réunions avec Neumann depuis un mois. Il y a toujours un moment où ça bloque.

“Peut-être serait-il préférable pour WeWork que vous ne soyez pas le PDG.”

Mary ne laisse personne souffler, surtout pas Adam et enchaîne :

“Beaucoup d’investisseurs potentiels ne pensent pas que vous devriez avoir ce rôle. Chaque difficulté, chaque question autour de WeWork les ramène à vous.”

Sortie chercher un verre d’eau, l’adjoint de Neumann revient en pleine tempête.

Adam hurle – littéralement – sur Mary Erdoes.

À la sortie de la réunion, les choses n’ont pas avancé pour autant. 

Wework entrera en bourse avec Neumann comme PDG. Le délai d’entrée est juste repoussé d’un mois ou deux. 

Pour Son et ses équipes, cette décision est alarmante. Le CEO de Softbank essaye de lancer un nouveau fond Vision fund 2. Et il n’y a pas un jour où on ne lui rappelle son investissement dans WeWorK.  Avec 10 milliards déjà investis et deux sièges au conseil d’administration, il est, à ce jour, le plus gros investisseur de WeWork. Son a poussé Adam dans les retranchements de sa folie et maintenant il le paye.

Adam n’est plus que la caricature de lui même, un irresponsable qui se balade pieds nus dans New-York en hurlant dans son téléphone. 

Mais même du haut de sa mégalomanie, il sent le vent tourné.

Alors ce mardi matin là, il bronche à peine quand les membres de son conseil d’administration lèvent la main pour voter.

Quand son tour arrive,  il lève la main à son tour. 

Pour une fois, en accord avec son conseil d’administration, il vient de voter pour son propre départ.

La chute spectaculaire de WeWork et d’Adam Neumann - Ep 2

Épilogue: Il part riche et révulse tout le monde

Johanna, réfugiée dans la cuisine de la cafétéria du siège, pleure. 

Elle pense aux licenciements, à tous ses collègues qu’elle ne reverra plus.

Et puis surtout, elle revoit Adam, traversant la cafétéria, pieds nus et perfecto sur le dos, distribuant encouragement et défis rigolards.

C’est le même qui est parti de WeWork avec 1,1 milliard de dollars et un prêt de 500 millions à son nom.

Johanna le sait, son collègue Bobby Sanders lui a détaillé la transaction. Elle ne comprend pas comment un PDG aussi décrié a pu partir avec une telle somme. Bobby a dû lui expliquer trois fois qu’avec ses actions préférentielles, il tenait Softbank pieds et poings liés.

Bobby, lui, a bien compris que ses options WeWork, distribuées un soir d’allégresse 2018 par Adam, ne valent plus rien aujourd’hui.

Adam Neumann a le même sentiment de vide alors qu’il fait la queue à l’aéroport de San-Francisco.

Rebekah, ses enfants et lui attendent un vol commercial, direction Tel-Aviv. 

Oui un vol commercial.

Adam soupire.

“Rebekah, je suis désolé. “

“Adam, c’est la vie. Nous sommes ensemble.”

“Ce n’est pas la vie que je voulais pour nous, pour toi . Tu sais j’ai beaucoup réfléchi, regarde.”

D’une main timide, il tend à sa femme une carte de visite sur laquelle il a inscrit son nouveau mantra.

Écouter. Être à l’heure. Être un bon partenaire.

Adam n’est pas le seul à faire acte de contrition. Son, lui-même, déclare lors de l’annonce des résultats de Softbank qu’il a manqué de clairvoyance concernant WeWork et qu’il le regrette.

Que ce soit Son ou Adam, on peut légitimement se poser la question de savoir s’il s’agit d’excuses sincères ou de larmes de crocodiles.

Une chose est sûre, quand six mois plus tard Adam revient aux États-Unis c’est pour intenter un procès à Son. Il veut sa revanche.

Depuis il a fait amende honorable dans une interview récente… même si il profite de son argent pour investir.

Et ça c’est une autre histoire.

La chute spectaculaire de WeWork et d’Adam Neumann - Ep 2

Notes

The Cult of We: Wework, Adam Neumann, and the Great Startup Delusion. Eliot Brown, Maureen Farrell

Le chiffre du jour. Le beau parachute doré d’Adam Neumann, fondateur de WeWork

The fall of WeWork’s Adam Neumann

How Adam Neumann’s Over-the-Top Style Built WeWork. ‘This Is Not the Way Everybody Behaves.’

Table des matières

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