Comment Adam Neumann, un dyslexique fêtard, a fait de WeWork, une licorne ? – Ep 1

Adam Neumann est un personnage de roman. Fêtard, dyslexique, messianique, le personnage a fait de WeWork, une des plus grosses startups aux Etats-Unis. Découvrez cette série en 2 épisodes sur son histoire rocambolesque.


New-York – Juillet 2005

Miguel pousse un soupir de soulagement en rentrant dans le building de Tribeca. La fraîcheur de la climatisation l’arrache brutalement à la chaleur de l’été new-yorkais. 

Le jeune architecte n’a pas plus envie que ça de se rendre à cette fête. Pourtant, il s’y est obligé, bien décidé à sociabiliser pour vaincre sa timidité. 

Il faut dire aussi qu’un barbecue sur les toits de New-York, ça ne se rate pas. 

L’ascenseur est déjà au trois quart plein quand il rentre à l’intérieur. Il se cale maladroitement entre une mère de famille au visage fatigué  et un businessman transpirant sous un costume trop petit.

Alors que la porte de l’ascenseur se referme, un pied nu se met en travers et bloque cette dernière. Lorsqu’elle se réouvre le spectacle qu’offre le nouveau venu est plus que surprenant, même pour une ville comme New-York.

Un grand échalas, de plus d’un mètre quatre-vingt-dix, uniquement vêtu d’un short beige de l’armée israélienne, rentre dans l’ascenseur.  

L’ascenseur démarre et aussitôt le nouveau venu entame la conversation avec  le businessman.

“Vous connaissez la différence entre vous et moi ? Et bien, c’est une chemise. Vous en avez une et pas moi et pourtant nous faisons tous les deux des affaires !”

L’homme regarde les yeux écarquillés ce grand bonhomme à l’accent indéfinissable.

“Même en été, dans cette ville, il y a une énergie formidable pour les gens comme vous et moi !“

Miguel est subjugué par cet individu. Adam Neumann semble sorti de nulle part. En attendant, il retient la manche de son interlocuteur pour l’empêcher de sortir tout en maintenant la porte ouverte de l’ascenseur.

Face à cette prise d’otage par la parole, les spectateurs dans l’ascenseur affichent une mine mi fascinée mi contrariée.

Pour Miguel, les choses sont claires, il vient de trouver l’homme avec qui il va s’associer. 

Bienvenue dans l’histoire de la folle ascension et la chute d’un homme qui va changer l’image du coworking: Adam Neumann, le fondateur de WeWork. Dans le 1er épisode de cette série en 2 épisodes, je vous raconte la création de WeWork.

Pour voir l’épisode 2:

=> La chute spectaculaire de WeWork et d’Adam Neumann – Ep 2

Table des matières

Origine d’Adam Neumann

Rencontre avec McKelvey: la création de Green Desk

La création de WeWork

Le décollage de la fusée, WeWork

Toujours plus d’argent pour WeWork et Adam Neumann

Adam Neumann : accro aux levées de fonds

Épilogue: les nuages s’accumulent au-dessus de la tête d’Adam

Comment Adam Neumann, un dyslexique fêtard, a fait de WeWork, une licorne ? - Ep 1

Origine d’Adam Neumann

Tel – Aviv – 25 avril 1979

Le premier né d’Avivit et Doron Neumann pousse un cri dans la maternité Be’er Sheva, au sud d’Israël. Les parents, jeunes amoureux, encore étudiants en médecine à l’Université de Ben Gourion sont aux anges. 

Mais, c’est bien connu, l’amour dure sept ans.  

Et sept années plus tard, les parents d’Adam divorcent. Le petit garçon qui a déjà connu treize déménagements au fur et à mesure des affectations de ses parents part cette fois aux États-Unis avec sa mère et sa petite sœur.

Deux ans plus tard, le voilà de retour d’Indianapolis pour atterrir dans un Kibboutz. Encore un changement pour Adam. Le petit garçon est charmant, sociable et adore le côté collectif et communautaire. 

En grandissant Adam devient un adolescent charmeur et volubile. 

De son enfance il ne garde qu’une seule chose qu’il dissimule derrière une tchatche imparable : sa dyslexie.

Adam peine à aligner plus de deux mots sans faute par écrit.

Ce qui ne l’empêche pas de poursuivre ses études aux États-Unis après s’être acquitté de son service militaire en Israël.

Les États-Unis, il en rêve, voilà un pays à sa taille.

Sa sœur, Adi, est déjà mannequin international, elle fait la une de Elle, Vogue et Cosmopolitan. Et quand elle part aux États-Unis, en 2001, elle emporte Adam dans ses bagages.

D’ailleurs, elle l’emmène un peu partout avec elle. Avant son départ aux États-Unis, elle participe avec Adam à Guy Pines show, un talk show qui fait sensation en Israël.

Tranquillement assis à côté de sa sœur, il expose ses grands projets pour New-York.

Une fois sur place, la réalité est un peu différente. 

Hébergé par sa sœur, il découvre la dureté et l’indifférence des grandes villes. S’il salue ses voisins, peu lui répondent.

Mais le nouvel étudiant de l’université de Baruch à Manhattan ne se laisse pas démonter.

“Hello, je m’appelle Adam je viens d’emménager avec ma soeur mannequin dans l’immeuble,  voulez-vous prendre une tasse de café de bienvenue ?”

 “Heu, c’est-à-dire que j’allais passer à table.”.

“Pas de soucis, venez avec votre dîner, je remplacerai le café par une bière fraîche.”

Au bout de quelques mois, l’immeuble résonne de pots d’arrivée et de fêtes de départ. 

Adam a gagné son challenge de convivialité, en revanche côté business, les choses sont plus balbutiantes.

Il a bien lancé, en parallèle de ses études, Krawlers, une start-up de vêtements pour enfants mais elle peine à décoller. Sans doute car son style de vie entre alcool, fête et marijuana est loin de la réalité d’un père de famille.

Qu’importe, Adam est déjà en train de réfléchir à sa prochaine entreprise. 

Celle qui le rendra riche ou bien désespéré si l’on en croit la prophétie de son moniteur d’auto-école.

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Rencontre avec McKelvey: la création de Green Desk

“Salut, euh, je m’appelle Miguel, je suis architecte.” 

“Hey, salut Miguel l’architecte, moi c’est Adam, je suis entrepreneur.”

“Oui, j’ai vu, tu m’as fait rire dans l’ascenseur.”

“Ah cool, enfin un américain sociable, tope là mon gars !”

Le courant entre l’architecte timide et l’entrepreneur israëlien passe aussitôt. Quelque chose vibre entre eux, comme dirait Adam. Très vite les deux amis deviennent inséparables et enchaînent les balades dans Tribeca.

C’est lors d’une de ses promenades qu’Adam fait part à son ami de son idée. Depuis quelque temps, un nouveau concept se développe à New-York : le coworking. Des petites entreprises ou même des freelances louent un bureau tout équipé dans des espaces partagés et ça cartonne. 

À ce moment-là, en 2008, Adam éprouve de sérieuses difficultés. Krawlers a mangé tous ses fonds, dont les cent milles dollars de la grand-mère d’Adam. Il décide donc de mettre toute son énergie dans l’entreprenariat et arrête ses études. Il lui faut un nouveau projet pour rebondir. 

“Merci Jack, merci Mister Guttman d’avoir permis ce déjeuner ! Je vous présente Miguel McKelvey mon associé et architecte. Je sais que vous avez un immeuble de bureau à louer et..”

“Vous êtes intéressé Adam, c’est ça ?”

“Mister Guttman, connaissez-vous le coworking ?”

“Non, je ne vois pas…”

Adam étale sur la table un numéro récent du New-York times et pointe son doigt vers un article en cinq colonnes.

“Le coworking c’est l’avenir, même le New-York Times en parle !”

En sortant du restaurant Adam a convaincu Guttman et son fils de s’associer avec eux pour créer Green Desk, un nouvel espace de coworking. McKelvey va découper l’espace en petit bureau où les cloisons transparentes laissent passer la lumière. Wifi, café, imprimante, salles de conférences, tous les services sont compris. 

Quant au modèle économique, il est brillant. Il y a plus de locataires qui payent plus cher, du fait des services et de la flexibilité de l’abonnement. 

Mais surtout il s’avère que cela répond à un besoin. Dès le lancement en 2008, les premiers locataires s’installent au cinquième étage de l’immeuble Guttman. Les prévisions d’Adam et Miguel se révèlent justes et Green Desk est très vite rentable.

Une rentabilité qui fait pousser des ailes à Adam. Ça marche ! Son idée marche ! Et si elle marche ici, alors elle peut marcher dans tous les États-Unis ! 

Adam rêve de 100 de millions de dollars. Une somme que Green Desk à l’échelle locale ne pourra jamais lui rapporter, il en est conscient.

Mi 2009, McKelvey et lui passent un accord avec les Guttman. Ces derniers rachètent les parts d’Adam et Miguel et leur versent 500 000 dollars chacun. 

De l’argent qu’Adam ne touchera pas. Le fêtard New-Yorkais sait qu’il le dépensera sinon, alors il demande à son ami Miguel de le garder pour lui.

Adam n’a pas encore gagné qu’il sait qu’il peut déjà tout brûler. 

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La création de WeWork

Janvier 2018 – Quartier de Manhattan – New York

C’est une rencontre, un an plus tôt, qui force Adam a se remettre en question. 

“Mais alors Adam, pourquoi es-tu sur cette planète ?” 

“Je suis  l’entrepreneur qui va changer le monde !”

“Avec des accessoires pour bébé ? Mais écoute-moi mon ami, tu ne fais que des conneries, oui !”

La femme qui vient de lui donner la réplique est Rebekah Paltrow, la cousine de Gwyneth Paltrow et une membre de la bourgeoisie new yorkaise. Malgré tout, elle perçoit derrière l’arrogance, le potentiel de Neumann. Et puis son charme fait son effet. Elle deviendra sa femme et la mère de ses cinq enfants. Mais avant tout, elle se positionne comme son mentor.

Très vite, elle fait bénéficier à Adam de son réseau. Du jour au lendemain, il se retrouve en position de demander conseil et investissement à de nombreuses personnes. 

À eux deux, lui et Rebekah créent une alchimie particulière qui décuple les forces d’Adam.

Un an plus tard, alors qu’Adam quitte Green Desk avec Miguel, les deux hommes possèdent dorénavant une vision.

Alors quand ils rencontrent le propriétaire d’un immeuble à Manhattan, il saute sur l’occasion. Ce sera dans cet immeuble de six étages en briques rouges que va naître WeWork. Le fameux 154 Grand Street. 

Pour les deux hommes pourtant, hors de question de s’associer avec le propriétaire. Le business model est clair : ils payent un loyer, prennent tous les risques avec en perspective des profits importants.

En attendant, la mise de départ d’Adam et Miguel n’est pas suffisante. 

C’est un troisième homme qui va changer la donne.

Lors d’une visite d’un immeuble dans le Bronx, ils rencontrent un jeune agent immobilier. Schreiber, c’est son nom, commence à écouter poliment le laïus d’Adam puis, visiblement, de plus en plus intéressé.

“Et votre société, elle est valorisée à combien exactement ?”

“45 millions de dollars !”

Neumann vient de répondre sans sourciller sous l’œil ébahi de McKelvey.

“Ok, guys, je veux bien prendre un tiers des parts de votre société.”

La fin de l’année 2009 marque le début de WeWork. Sans client, sans locaux, Neumann et McKelvey ont réussi à lever 15 millions de dollars. Un exploit.

Un exploit qu’Adam compte bien renouveler ! 

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Le décollage de la fusée, WeWork

Et des exploits, Adam n’est pas le seul à en réaliser. Le succès de WeWork est aussi dû à ses salariés, comme Skye, une des premières embauchées.

Responsable de la communauté chez WeWork, elle va aussi bien chercher le client sur Craiglist, LE site de petites annonces américain que sur le terrain dans les Starbucks Café.

Elle loue rapidement les dix-sept premiers bureaux puis au fur et mesure de la rénovation du bâtiment, elle continue de recruter graphistes, avocats et même un cinéaste indépendant. La preuve est faite :  WeWork répond à un besoin

Le travail s’organise et une répartition claire s’opère entre Neumann et McKelvey. Ce dernier, chargé des opérations, s’assure que tout fonctionne. Adam s’arroge le rôle de PDG, négociant avec les partenaires et développant la vision de l’entreprise.

Un PDG qui commence à se faire une réputation, pas encore sulfureuse mais déjà fantasque.

L’homme sert des shots de vodka en réunion et envoie ses nouveaux salariés se présenter au rabbin de sa communauté. Il exige de ses salarié qu’ils portent une tenue à l’image de WeWork et quand on lui fait la remarque qu’il porte lui-même jeans et tee-shirt il rétorque :

“Moi, mes tee-shirts sont à 200 dollars.”

En attendant, il faut lui reconnaître qu’il signe de belles affaires. C’est lui qui négocie avec un investisseur immobilier de New-York pour récupérer un second bâtiment à une petite encablure de l’Empire State Building.

“À WeWorK”

“À WeWork”

“À WeWork”

“À WeWork” 

Il y a de quoi trinquer. Neumann signe, la même année, deux nouveaux investisseurs.

Ce qui s’avère plus que nécessaire car WeWork brûle ses liquidités à toute vitesse. L’expansion est coûteuse et il ne se passe pas une semaine sans que McKelvey appelle Schreiber pour lui réclamer l’argent promis.

Neumann lui continue de mener un agressif calendrier d’ouvertures. En 2011, WeWork compte déjà quatre bâtiments à son nom.

WeWork est une entreprise où l’on travaille dur et cette même année les résultats sont là. La perte ridicule de 50 000 dollars pour un chiffre d’affaires de 7,4 millions de dollars augure du meilleur.

Et le meilleur pour Neumann c’est de préparer l’expansion au niveau national.

Et d’ouvrir WeWork au capital risque

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Toujours plus d’argent pour WeWork et Adam Neumann

Ça tombe bien parce que Benchmark, une des sociétés en capital risque les plus connues de la Silicon Valley, s’intéresse à WeWork. 

Et ce n’est rien de moins que son cofondateur Bruce Dunlevie qui appelle Adam, un soir de septembre 2011.

“Hey Adam, c’est Bruce je vous ai envoyé un email et vous ne m’avez pas encore répondu, je crois ?”

“Oui Bruce, désolé, je préfère avoir ce type de discussion de vive voix.”

“Vous avez raison alors venez me voir à Los Angeles pour que nous discutions de WeWork.”

“Impossible Bruce, on ne discute pas de WeWork, on le vit. Venez nous voir à New-York.”

En raccrochant, Neumann a la confirmation que Dunlevie viendra le voir dans trois semaines.  Et s’il n’a pas répondu à l’email de Bruce, la vraie raison est plutôt à chercher du côté de sa dyslexie qui transforme en morse le moindre de ses messages. 

La visite de Dunlevie se solde par un double banco. Benchmark investit 15 millions de dollars dans WeWork et par la même occasion adoube WeWork. 

Neumann a réussi : WeWork est enfin perçue comme une société technologique et non comme une vulgaire compagnie immobilière. Car Benchmark est LA société qui investit dans la tech dans la Valley.

Un sentiment d’invincibilité irrigue toute la société. 

2012 et 2013 voient de nouvelles ouvertures dans tout le pays :  Chicago, Portland, et même… à Londres.

Mais plus que ça,  Adam poursuit sa vision du WeWork hightech. Il veut développer un logiciel pour connecter les membres de sa communauté entre eux, leur permettre de trouver des partenaires. Il propose même à ses membres de pouvoir bénéficier d’une assurance santé.

Neumann n’a plus qu’une obsession : croître. Alors bien sûr, WeWork génère du chiffre d’affaires 19 millions en 2012 puis 30 en 2013 mais l’argent file aussi vite qu’il rentre.

À ce moment-là, quelque chose dysfonctionne. 

WeWork n’a plus que deux mois de liquidités sur son compte. 

Neumann pourtant semble imperturbable et continue à négocier une nouvelle levée de fond avec une arrogance confondante.

Il refuse même une proposition de Goldman Sachs.

Et c’est tout sourire qu’il boucle in extremis un tour de table de 40 millions de dollars avec DAG Ventures pour le double de la valorisation qu’aurait permis Goldman Sachs.

Le charisme de Neumann auprès des employés de WeWork le porte au firmament.

Sans doute parce qu’ils ne savent pas tout de leur patron. 

Ils connaissent son goût de la fête et ses frasques. 

Ils ne savent pas qu’il a personnellement investi dans un des premiers immeubles loué par WeWork.

Conflit d’intérêts.

Ils connaissent son goût du luxe et son style de vie flamboyant.

Ils ne savent pas que plusieurs millions de la dernière levée de fond sont allés directement dans sa poche.

Si McKelvey continue de se rendre au bureau en bus à l’image d’un co-fondateur qui travaille dur pour sa société, Neumann affiche désormais une image de flambeur professionnel. 

Il voyage en grosse voiture et en jet privé.

Va-t-il être l’allumette qui va incendier WeWork ? 

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Adam Neumann : accro aux levées de fonds

Février 2014, après une nouvelle levée de fond, WeWork devient officiellement une licorne.

Une société de la nouvelle économie valorisée à plus d’un milliard de dollars.

Boston, Washington D.C.,  Seattle, trois nouvelles villes, trois nouvelles implantations pour WeWork.

L’aura de de Neumann auprès de ses employés est à son comble. 

Il peut tout vendre et puis surtout, il leur distribue des stock options à tout va.

La légende raconte que, notamment le soir, une bouteille de tequila à la main, il donne des stock options à ceux qui restent tard pour travailler.

Le 24 juin 2015 suite à un nouvel investissement de 400 millions de dollars WeWork devient une des sept start-ups les plus importantes du pays.

La valorisation de WeWork passe en seize mois de 5 à 10 milliards de dollars. 

Neumann a réussi son pari : sa société est citée à l’égal d’Airbnb, Uber ou Snapchat.

Lui, le dyslexique, incapable d’utiliser un ordinateur, a monté une des plus grandes entreprises technologiques du 21ème siècle. 

Adam se voit comme un nouveau héros de l’entreprenariat.

Si les investisseurs sont sous le charme d’Adam et sa mystique personnelle, un mélange de start-up nation et de technologie, certains analystes financiers sont plus mesurés face à la valorisation annoncée.

Notamment le leader d’un groupe des marchés privé qui s’exprime à l’époque :

“J’ai fait et refait les calculs avec mon équipe d’analystes. Je n’arrive pas à faire fonctionner une valorisation à 5 milliards $ pour WeWork.”

Neumann ne s’en inquiète pas. Ses prévisions à lui affichent la somme rondelette de 2,8 milliards de chiffre d’affaires en 2018 pour un bénéfice d’un milliard de dollars.

Sur le papier, Neumann vaut désormais trois milliards de dollars.

À ce stade là, Adam est devenu accro à la levée de fond. 

Chaque nouvelle levée de fonds est l’occasion de présenter une nouvelle valorisation au grand public.

Dans les coulisses, les choses sont un peu différentes. 

Depuis 2013, Adam a mis en place un système d’actions préférentielles qui lui permet d’avoir pour chaque action, 10 droits de vote, une bonne manière de garder le pouvoir sur WeWork. Il a 30% des actions, avec un tel système, il garderait le pouvoir avec seulement 5% des actions.

Et puis surtout, Adam a besoin de liquidités pour maintenir son train de vie. Alors il négocie de pouvoir vendre ses actions lors des levées de fonds. À plusieurs reprises, il cède des actions pour un montant de 120 millions de dollars à travers sa société We Holding.

En acceptant les actions préférentielles, le board de WeWork laisse le plein contrôle de l’entreprise à Neumann.

Un adolescent sans permis dans une voiture de sport.

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Épilogue: les nuages s’accumulent au-dessus de la tête d’Adam

“Hey Adam, je ne sais pas comment mais le board a su que tu voulais te relancer dans l’investissement immobilier.”

“Et alors Miguel ?”

“Ben tu sais, ils disent qu’il y a conflit d’intérêts…”

“Quel conflit, quel intérêt ? WeWork est à moi et je fais ce que je veux…”

Adam continue de faire la fête jusqu’au petit matin. Quand les employés de WeWork visionnent la vidéo de sécurité pour savoir qui a laissé la salle de réunion dans un tel état, ils ne sont pas plus étonnés que ça de voir leur propre patron.

De toute manière, pour Neumann les choses sont claires. C’est lui qui crée la valeur de WeWork. 

Et désormais il veut valoriser sa société entre 15 et 20 milliards de dollars avec une nouvelle levée de fonds.

Et qu’importe qu’il ait terminé l’année avec 227 millions de pertes au lieu du bénéfice prévu de 49 millions pour 2015.

Qu’importe que, dans le milieu de l’investissement, il commence à se chuchoter que certaines valorisations sont délirantes. 

Neumann et son vice-président, Michael Gross, ne pensent pas à cela en quittant leur déjeuner arrosé en cette belle journée de 2015.

Heureux du succès de WeWork, ils chantent à tue tête :

“Nous prenons le contrôle du monde, nous prenons le contrôle du monde !”

Et ça c’est une autre histoire.

À retrouver dans l’épisode de la semaine prochaine !

Comment Adam Neumann, un dyslexique fêtard, a fait de WeWork, une licorne ? - Ep 1

Notes

The Cult of We: Wework, Adam Neumann, and the Great Startup Delusion. Eliot Brown, Maureen Farrell

https://fr.wikipedia.org/wiki/Adam_Neumann

How Did WeWork’s Adam Neumann Build a $47 Billion Company?

Table des matières

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