Frédéric Mazzella: la création de Blablacar – Ep 1

Frédéric Mazzella imagine Blablacar en 2003. Élève brillant, c’est à Stanford qu’il est piqué par l’entrepreneuriat. Mais le démarrage est compliqué.


Lucie

“Fred, tu peux baisser l’autoradio s’il te plaît ?”

Frédéric

“Quoi ? T’as des trucs intéressants à dire sœurette ?” 

Lucie 

“Arrête de m’appeler comme ça t’es chiant, on a plus 12 ans !”

Frédéric 

“Tiens tiens, regarde Lucie, le TGV nous double par la droite. Pas au point sur le code de la route c’lui là.
Dire que j’aurais pu être dedans s’il n’avait pas été plein comme un œuf…”

Lucie

“De rien Fred, c’est un plaisir de venir te chercher !” 

Frédéric

“Oh non Lulu tu l’as encore pris personnellement ! Non mais sérieux, regarde toutes ses voitures qui sont vides…
Quand je pense à toutes ces places vides qui auraient pu être occupées… ces places qui ne demandent qu’à être indexées et partagées… “

Lucie

“Tour de contrôle à Frédéric Mazzella, Tour de contrôle à Frédéric Mazzella, allô ? Répondez ! Nous vous avons perdu Frédéric, où êtes-vous, où êtes-vous ?”

Frédéric est déjà parti ce jour de décembre 2003. Parti fêter les fêtes de Noël en famille mais surtout partit dans sa tête. Il vient d’avoir l’idée du siècle . Internet va lui permettre de mettre en relation conducteurs solitaires et voyageurs en recherche de transport. 

Je vous raconte aujourd’hui l’histoire de Frédéric Mazzella, le fondateur de Blablacar, la première licorne Française. Dans ce 1er épisode, je vous raconte les débuts de Frédéric et de Blablacar… des débuts bien compliqués.

Table des matières

Entre Musique et Science: Frédéric Mazzella

L’idée du covoiturage

Les débuts difficiles de Comuto

Épilogue

Frédéric Mazzella: la création de Blablacar

Entre Musique et Science: Frédéric Mazzella

Les parents de Frédéric se séparent quand il a un an. De son père, professeur de mathématiques, il tient son amour des sciences, de sa mère musicienne, l’amour de la musique. De la séparation de ses parents, il garde la conviction que chaque individu possède son propre point de vue et qu’il mérite qu’on s’y attarde pour le comprendre. 

Élevé en Vendée, élève brillant, il apprend aussi le violon et le piano. À 17 ans, il monte à Paris où il prépare un bac scientifique en horaires aménagées. Le matin au lycée Racine, l’après-midi au conservatoire supérieur de Paris. Et comme ce n’est pas suffisant, il suit aussi des cours de Jazz au conservatoire de la Courneuve.

Entre les sciences et la musique son cœur balance. Bac, en poche il fait une prépa science et intègre la prestigieuse École Normale Supérieure.

Mais avant tout, il souhaite faire un stage aux États Unis. Ce sera l’université de Stanford et plus particulièrement le National Bio Computation Center. Un programme qui découle d’un partenariat entre la Nasa et l’école de médecine. Sur place, il découvre une atmosphère bien différente des bancs de Normale sup.

Speaker

“Bravo à Frédéric, le français le plus complet du campus, mathématique, jazz, physique, informatique, rien ne lui échappe !”

Frédéric s’éclate sous le ciel bleu de la Californie. Ici tout le monde paraît être à la fois en vacances et au travail vingt quatre heures sur vingt quatre. L’enthousiasme des startups rend l’ambiance plus vibrionnante qu’une ruche. Et pour y retrouver leurs chemin, étudiants et startuppers utilisent le moteur de recherche à la mode google bêta. La startup recrute d’ailleurs à tout va sur le campus. 

Le Français baigné dans la culture de l’excellence, découvre le pragmatisme américain. Ici on n’attend pas qu’un produit soit parfait pour le lancer. Tout donne l’impression à Frédéric d’être entré dans une nouvelle ère. Ainsi, il s’enthousiasme pour les “carpool lanes” qu’il emprunte pour se rendre à l’Université. Ces voies réservées aux voitures qui font covoiturages, dix fois moins encombrées que les voies normales, lui font gagner un temps précieux chaque matin.

Une fois rentré en France, sa religion est faite : lui aussi veut lancer une startup.

Sur la base de son nouveau modèle californien, il se lance dans une course effrénée aux projets. Ainsi, les années qui suivent il construit: une plate-forme internet de lettres de réclamation, un parapluie sans manche, un générateur de sudoku et des algorithmes pour les paris hippiques.

Bien que tous ces projets échouent, Frédéric ne se décourage pas. 

Il a compris qu’il est en train d’apprendre….

Frédéric Mazzella: la création de Blablacar

L’idée du covoiturage

C’est le Noël de cette année-là qui déclenche la bonne idée. Sans moyen de locomotion et sans place dans le train, il demande à sa sœur Lucie d’aller le chercher à Paris. La révélation se fait sur la route. Au milieu des voitures vides, Frédéric prend conscience du potentiel incroyable qu’il a devant les yeux. Ça y est, il a trouvé sa mission : créer une plateforme de covoiturage.

Père de Frédéric

“Frédéric, à table !”

Frédéric  

“J’arrive !”

Père de Frédéric

“Mais qu’est-ce qu’il a ton frère ? Ça fait trois jours qu’il est là et il décolle pas de son ordinateur…” 

Lucie

“Tu te doutes bien, il monte le business plan d’une boîte qui va sauver le monde…” 

Obsédé par son idée, Frédéric essaie d’abord de voir si elle n’existe pas déjà.

Apparemment, il serait le premier…. 

Étrange…

Est-ce qu’un tel service est illégal ?

Non, non, pourquoi ce serait illégal de faire du covoiturage, c’est absurde…

Ben oui, il a passé toute son année de master à faire du covoit’ aux States… 

Petit à petit, Frédéric se forge une conviction. La réussite de ce nouveau projet sera binaire : 0 ou 1. 0 ça ne marche pas, parce que le marché ou les consommateurs ne sont pas mûrs. 1, tout le monde l’utilise car tout le monde a besoin de se déplacer. 

Enthousiaste, il en parle à ses deux meilleurs amis Damien et Francis. Pour Frédéric une bonne idée est une idée qui vit d’échanges et de discussions. Il profite de ces soirées pour parler de son projet, l’affiner, prendre des retours mais aussi pour parler de tout et et rien… 

Au milieu de cette ambiance chaleureuse et stimulante, son chat Carbone se pavane. Le nom du chat de Frédéric amuse tout le monde. Il a choisi ce nom pour se souvenir de sa mission : trouver des solutions à la problématique des émissions grandissantes de CO2 ! 

Et c’est dans ce salon que les idées fusent… 

Francis

“C’est toujours comme ça ! Je sais que quand je prête un bouquin ou un DVD, j’suis sûr à 90% de jamais le revoir.” 

Frédéric

“Ah donc c’est toi le matérialiste qui veut jamais prêter un livre ?” 

Francis

“C’est ça fous-toi de ma gueule, c’est pas mon Dostoïevski derrière toi ptit con ?” 

Frédéric

“Et si le petit con te fabriquait une plateforme qui permettrait de suivre à la trace les objets que tu prêtes ? Tu seras content mon Damien ? 
Oui tu serais content hein ..!”

La semaine suivante, nouvelle soirée pizza avec les copains. Frédéric découvre abasourdi le prototype fonctionnel de la plateforme de suivi de prêt imaginé quelques jours auparavant. Quand il pose la question du qui et du comment, Francis lui répond tranquillement qu’il avait du temps ce week-end. Il l’a donc développé. 

Mais bientôt, Frédéric se rend compte que les soirées pizza avec les copains – aussi compétents soient – ils – ne suffiront pas à développer son business. Il a encore besoin d’apprendre. 

En 2007, il  décide de faire un MBA à l’INSEAD, une école privée de management. L’école est connue pour donner accès à un réseau puissant dans le monde des affaires. 

Il compte bien y pitcher la première version de son projet de co-voiturage… 

Frédéric Mazzella: la création de Blablacar

Les débuts difficiles de Comuto

Pour sa société, Frédéric choisit un nom latin synonyme d’échange : Comuto. 

En 2007, lorsqu’il intègre l’INSEAD, son objectif est clair. Confronter son idée au  plus grand nombre. Mais le nom de Comuto ne fait pas l’unanimité. D’une semaine à l’autre, il se transforme sur les lèvres de ses collègues étudiants en Culbuto, Camuto… 

Le musicien dans l’âme qu’est Frédéric sait combien il est important de répéter ses gammes. Il ne se décourage pas. Il reste persuadé que si Comuto marche, la réussite sera hors norme.

En attendant, pas un atelier, pas un cas d’étude où il ne pitch son projet de co-voiturage. Les premiers retours sont difficiles à encaisser, plus d’une fois il ressort frustré mais petit à petit il affine son discours et parvient à en impressionner certains. 

Nicolas Brusson est de ceux-là, et les deux étudiants deviennent vite amis. Quelques mois plus tard Nicolas, Francis le développeur de génie et Frédéric s’associent. Le trio fondateur qui va devenir Blablacar est né.

Le trio est confiant mais la suite va être plus difficile que prévu..

Les rôles se répartissent naturellement. Frédéric sur le produit et son amélioration. C’est sa vision et surtout, il n’a de cesse de questionner ses utilisateurs et d’intégrer leur feedback. Nicolas, lui, sur la partie financière et la croissance. Son parcours dans la Silicon Valley et dans l’investissement à Londres parle pour lui. Enfin, Francis sur la partie technique, cet ancien de Free et de Meetic est tout indiqué. Il reste à financer le projet, les amis mettent 40 000 euros sur la table mais très vite la somme s’avère insuffisante, il faut aller chercher des fonds.

Paul,

“Allô…”

Frédéric

“Paul ? Frédéric à l’appareil. Ça va ? Écoute je t’appelle pour un truc précis. Mon projet de covoiturage prend forme et j’ai besoin de financement. J’ai déjà levé près de 100 000 euros.  Ça te dirait d’investir ?”

Paul,

“Euh.. c’est-à-dire que je viens d’acheter un appartement… Ça me semble un peu précipité là…” 

Frédéric

“Félicitations, c’est top ! Écoute, je vais être transparent avec toi. Depuis septembre 2008, covoiturage.fr est le site le plus utilisé de France. Nous avons 50 000 membres sans compter les comptes entreprises que nous créons pour mettre du beurre dans les épinards. Paul, tu m’as entendu à l’INSEAD, je crois vraiment à mon projet. Le covoiturage est une solution d’avenir !”

Frédéric récupère ainsi 60 000 euros auprès de ses anciens camarades de promotion de l’INSEAD. Reste que Frédéric se retrouve régulièrement acculé niveau trésorerie. La faillite n’est jamais très loin….

Frédéric Mazzella: la création de Blablacar

Épilogue

Frédéric

“Le problème de trésorerie dont je t’ai parlé cette semaine est réel. J’ai besoin de déposer de l’argent sur le compte de la société sans plus attendre. J’envoie un chèque de 10 000 euros de ma part. Puis-je aussi encaisser dès maintenant le chèque de 10 000 euros que tu as fait à la société et que j’ai reçu, J’aimerais poster avant samedi midi pour que cela arrive le plus vite possible sur le compte. Merci.”

Lorsqu’il écrit ce mail à une heure du matin Frédéric a conscience que c’est le message de la dernière chance. Sans cet argent, il ne peut pas payer les loyers ce mois-ci.

La fin de son aventure entrepreneuriale se joue entre 0 ou 1. Plus que jamais…

Et ça, c’est une autre histoire pour le prochain épisode… 

=>Frédéric Mazzella : Blablacar, une réussite pour un entrepreneur devenu une célébrité – Ep 2

Frédéric Mazzella: la création de Blablacar

Notes

Livre Mission BlaBlaCar – Frédéric Mazzella (Auteur) Laure Claire Reillier (Auteur) Benoît Reillier (Auteur) Thomas Pesquet (Préface) Les coulisses de la création d’un phénomène Paru le 13 janvier 2022 Essai (broché) – Eyrolles

https://www.cofondateur.fr/blog/article/blablacar-ou-l-histoire-de-trois-associes-qui-ont-reussi

https://blog.blablacar.fr/about-us/success-story

https://fr.wikipedia.org/wiki/Fr%C3%A9d%C3%A9ric_Mazzella

https://www.presse-citron.net/blablacar-ne-sest-pas-construit-en-un-jour/

https://fr.wikipedia.org/wiki/BlaBlaCar

Table des matières

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