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Comment Catherine Barba est devenue la 1ère entrepreneuse du web ?

Catherine Barba est une des premières entrepreneuses du Web en 1999. D’abord CEO d’iFrance puis avec ses entreprises, Cashstore, Malinea. Elle finit par s’installer aux Etats-Unis puis revenir. Découvrez son histoire.


CM2, Institut Catholique. Mars 1983. Rueil-Malmaison.

“Monsieur, Rémy, i’ veux pas me rendre ma gomme !”

“Un peu de calme, les enfants ! 

Dans 6 mois, vous allez tous partir au collège.

C’est un grand grand changement pour vous tous. Pour vous préparer, j’aimerais que vous écriviez dans votre cahier, pour vous, ce que vous aimeriez faire plus tard. “

Catherine, 10 ans, regarde avec concentration son maître. Elle veut être bien sûre d’avoir compris la consigne.  Concentrée, elle n’entend bientôt plus le bruit de la classe autour d’elle. 

Quand je serai grande, je voudrais créer une société d’informatique.

Le père de Catherine essuie une larme en relisant les mots dans ce cahier qu’il a pieusement conservé. Un instant, son cœur se gonfle à l’idée de ce qu’est devenue sa fille puis, il reprend le tri des vieux papiers dans sa cave.

Je vous emmène aujourd’hui sur les traces de Catherine Barba, entrepreneuse et cheffe d’entreprise. Un parcours marqué par la confiance et une grande connaissance de soi acquise au fil des années. 

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Table des matières

LES INTERNETS, LES DÉBUTS DE CATHERINE

SIMONCINI, UNE RENCONTRE QUI CHANGE SA VIE

EN SOLO, REVENTE ET SUCCÈS : CASHSTORE

LE DÉPART POUR LES ÉTATS-UNIS ET INVESTISSEUSE

ÉPILOGUE : UNE FEMME QUI TRAVAILLE POUR DEMAIN

LES INTERNETS, LES DÉBUTS DE CATHERINE

Catherine, fille d’immigrée espagnol,  baigne depuis toute petite dans la religion catholique. Elle passe sa scolarité au Centre Madeleine Daniélou à Rueil où elle habite, avant de faire ses classes préparatoires à Sainte Marie de Neuilly. 

L’enfant unique garde de ses années d’école, des amies pour la vie et un goût prononcé pour l’étude. 

Issue d’un milieu modeste, elle fait tout pour rendre fière ses parents. Ces derniers ont vu leurs propres parents tout perdre avec la guerre civile en Espagne. Les deux familles viennent d’un petit village de Castille entre Madrid et Avila. 

De cette histoire familiale, elle hérite d’une volonté et d’un mantra : “Toujours aller de l’avant”.

Quand à dix ans, en 1983, elle affirme dans son cahier d’écolière vouloir créer une société d’informatique, deux choses la motivent. Elle a l’intuition que l’informatique c’est l’avenir et elle veut gagner de l’argent.

Catherine poursuit ses études, jeune fille rangée et bien dans ses baskets, entourée de l’amour de ses parents. 

La bonne élève franchit les étapes facilement: prépa puis une école de commerce, l’ESCP.

Et, c’est un hasard  qui va décider de la suite. Un soir de 1995, Catherine découvre dans Télérama, le magazine télé, un concours du syndicat de la presse sur le thème  “ L’arrivée d’internet et son impact dans les médias”.

Le sujet l’intéresse et puis elle se dit qu’elle peut gagner. Il n’y a aucune arrogance dans cette affirmation, simplement elle considère qu’elle a ses chances comme n’importe qui, ni plus ni moins.

Elle remporte le concours mais surtout elle découvre un sujet qui la passionne : internet. Elle en fait même son mémoire de fin d’étude en école de commerce. 

Catherine comprend que son avenir est dans l’internet. Il ne lui reste plus qu’à trouver les bonnes personnes pour l’accompagner.

C’est la présidente du jury du mémoire de fin d’étude, Viviane Prat, dirigeante d’OMD, une agence de communication, qui la repère. 

“C’est bien votre machin là, Catherine, vous avez l’air débrouillarde !”

“Merci madame c’est très gentil de votre part”

“Oh pas de Madame, appelez moi Viviane ! Nous, internet on démarre, est-ce que vous voulez le démarrer avec nous ?”

La simple rencontre se termine par un entretien d’embauche.

Voilà Catherine qui crée puis dirige OMD Interactive, la partie de l’agence dédiée à Internet et à la publicité en ligne. En cette fin des années 1990 de plus en plus de clients veulent faire de la publicité sur internet sans même savoir de quoi on parle.. Catherine les accompagne.

Tout le monde veut en être, y compris les plus grandes marques. C’est ainsi qu’en 1999, Catherine achète pour Sony de l’espace publicitaire sur l’un des plus gros agrégats de blog de l’époque : iFrance.

Le budget est d’importance et le patron d’iFrance l’invite à déjeuner pour la remercier.

Catherine ne le sait pas encore mais elle va déjeuner avec celui qui deviendra l’un des plus grands entrepreneurs de France : Marc Simoncini, le futur fondateur de Meetic.

SIMONCINI, UNE RENCONTRE QUI CHANGE SA VIE

Octobre 1999. Brasserie le Boeuf sur le toit. 8E arrondissement de Paris.

“Catherine,  j’adore ce qu’on fait avec toi ! Et ce n’est pas qu’une question de budget, hein ! “

À côté de Marc Simoncini, Thierry de Passemar, son associé, opine du chef, un grand sourire au lèvre.

“Merci Marc, c’est une très belle opportunité pour OMD interactive de travailler avec IFrance.” 

“Parlons-en de ta boîte, c’est toi qui l’a créée, non ?”

“Oui, enfin non, la dirigeante  c’est Viviane moi j’ai juste créé la branche dédiée à l’internet.”

À ce moment-là Marc et Thierry échangent un sourire entendu avant que ce dernier ne reprenne la parole.

“À propos, on cherche un directeur général, ça te dit de venir nous rejoindre ?”

La dernière phrase laisse Catherine pantoise. Elle ne sait pas quoi répondre. À la fin du déjeuner, elle décide de rentrer à pied pour réfléchir.

Elle ne poursuit pas longtemps sa réflexion. On lui propose un projet encore plus excitant et Catherine adore ça. Alors quand elle annonce à Viviane qu’elle quitte OMD, les doutes de sa patronne ne pèsent pas lourd face à cette nouvelle opportunité.

Catherine se retrouve à 26 ans à la tête de l’un des plus gros sites de l’internet français.

Un site qui profite de la bulle internet et se fait racheter 182 millions en 2001 par Vivendi.

Catherine, qui a des parts dans l’entreprise, touche une partie du pactole. La voilà dorénavant à l’abri du besoin.

Mais ces trois ans chez IFrance sont surtout pour Catherine une superbe opportunité. Celle de se découvrir entrepreneuse sous le regard de Thierry et Marc.

Les deux hommes se positionnent comme ses mentors, plus particulièrement Thierry Passemard, conscient du potentiel de Catherine.

Sous le regard de Thierry, elle se découvre compétente là ou elle se serait crû incapable. 

Catherine gagne en confiance. Elle avoue sans complexe que les deux entrepreneurs sont des modèles, pour elle qui a grandi dans une famille où les professeurs sont plus représentés que les chefs d’entreprises.  Et sans doute, sans ses modèles, elle n’aurait pas le courage de faire ce qu’elle envisage dans le courant de l’année 2003 : lancer sa propre entreprise.

En 2004, Catherine crée donc son entreprise en même temps qu’Arnaud Chiaramonti le fondateur de Believe. 

Rien à voir me direz-vous, enfin un peu quand même car ce dernier s’avère être son mari.

Et accessoirement le père de leur fille qui vient de naître.

EN SOLO, REVENTE ET SUCCÈS : CASHSTORE

“Catherine t’as pensé à faire les courses ?”

“Attends, je finis mon mail et je te réponds.”

“Catherine, Oh ! On est à la maison là !”

“Ça va Arnaud ! Je sais, merci ! Je crée une boîte si t’es pas au courant !”

“T’es pas la seule ici que je sache !”

“Écoute-moi Arnaud, si tout de suite les courses c’est ta priorité, je comprends. Mon porte monnaie est sur la commode de l’entrée, je te laisse y aller pendant que je termine mon mail.”

L’ambiance est tendue chez le jeune couple d’entrepreneurs en ce début d’année 2004.

Et c’est son couple qui va le lui offrir.

Catherine vient de lancer Cashstore, un site web spécialisé dans le cashback. Le principe ? Vous gagnez de l’argent lorsque vous achetez sur un site d’e-commerce.

Alors que les gens n’ont pas encore confiance dans les achats sur internet, Catherine y voit un moyen génial de les motiver.

Elle investit une grosse partie de ses économies dans sa société mais peine à gagner de l’argent.

En 2005, elle lance une deuxième activité pour pouvoir gagner sa vie plus sereinement. Avec Malinea, elle conseille les entreprises dans le e-commerce. .

Pour faire connaître Cashstore, elle se lance à la conquête des médias. Catherine y voit un double avantage : zéro investissement et puis cela permet d’attirer les talents dans l’entreprise.

Elle y prend goût et puis elle a du talent pour parler d’elle et de sa société. C’est presque naturellement qu’en 2010, elle écrit son livre “shopping en ligne même par peur” où elle est représentée sur la couverture en dompteuse de lions.

Une dompteuse qui doit se séparer d’un de ses lionceaux, il s’avère que Cashstore et Malinea sont en conflit d’intérêt. Un conflit qui dure depuis quelques années, mais là, il faut le résoudre… et même vendre.

En 2010, elle cède donc Cashstore  au groupe Plebicom. Le site cumule alors 500 000 utilisateurs et plus de 1 200 sites de vente en ligne affiliés.

Catherine n’en est pas forcément consciente mais elle est en train de passer à autre chose. En 2012, elle vend Malinea, son activité de conseil à vente-privée.com  et s’associe avec eux dans Digital Commerce Factory.

Bref, un nouveau départ.

“Vous allez où m’dame ?”

“Au bureau”

“Bien sûr m’dame, mais il où votre bureau ?”

“Je ne sais pas, roulez tout droit on finira bien par le trouver…”

“Ça va être compliqué dans cette direction, on va  droit dans le mur…”

“Mais vous pleurez madame ?”

“Ne vous inquiétez pas, c’est les warnings, ça me fait toujours ça…”

De cette période, il reste pour Catherine l’impression qu’elle s’est trompée d’histoire et des conversations ubuesques avec les chauffeurs de taxis.

Elle a besoin d’un nouveau souffle.

“Honey, tu as encore pleuré ?”

“Oui, chéri, un peu  de fatigue, je crois que j’ai commencé dans le taxi.. C’est pas très élégant, hein ?”

“Écoute, tu as besoin de respirer, de changer d’air littéralement.” 

“Ça va aller, un petit coup de mou au bureau”

“Non, écoute-moi, il faut que tu sortes de cette spirale. Je me suis organisé, on part deux mois aux États-Unis. “

“Tu es fou ! “

Et c’est sur ces mots qu’ils partent aux États-Unis.

LE DÉPART POUR LES ÉTATS-UNIS ET INVESTISSEUSE

Eté 2012, Catherine découvre les grands espaces, elle respire à nouveau. 

Ce n’est pas elle qui traverse les États-Unis, ce sont les États-Unis qui la traversent. Elle découvre un monde qui la fascine… elle observe notamment les commerces. Insatiables de curiosité, elle et son mari visitent villes, parc, magasins et autres commerces. Et là pour la boss du retail en France, c’est un électrochoc. 

De retour en France son opinion est faite : le commerce physique est loin d’être mort. Il doit juste s’adapter. Et comme toute nouvelle convertie, elle a besoin de le crier sur les toits.

En 2012, elle fonde donc Catherine Barba group (CB) pour accompagner les commerces physiques vers la distribution. 

Et puis, cerise sur le gâteau, en septembre 2013, elle participe à un voyage avec 30 entrepreneurs sous l’égide de l’administration Obama. Le thème: Entrepreneuriat et innovation. Elle y rencontre même le fondateur de Nike.

Reboostée par tous ses voyages, elle relance son activité de conseil.

Dans la foulée, Catherine publie en 2013 “le magasin n’est pas mort” !

Un livre qui signe sa résurrection en tant que communicante. 

Ce livre est un succès et Catherine est sollicitée pour intervenir comme conférencière auprès des grandes marques de distribution comme auprès des chambres de commerce et d’industrie.

Elle fait alors le tour de la France. Mais après son voyage, l’appel de l’Amérique résonne encore en elle. Elle finit par y céder et part avec homme et enfant à New-York en 2015.

Elle lance Peps lab, une sorte de laboratoire autour de l’observation et de  l’innovation dans le retail. Catherine a un seul et unique objectif : accompagner les distributeurs physiques dans leur transformation digitale.

À l’affût de toutes les nouveautés, Catherine s’éclate en multipliant les expérimentations sur le terrain. Et comme ses clients lui demandent de partager son savoir, elle multiplie les conférences et interventions.

“Pardon m’dame, je n’ai pas bien compris”

“Il faut se réinventer, Think out of the box, alors j’ai commencé en toute logique à m’appliquer à moi même ce principe !”

“Mais m’dame vous me dites pas où l’on va ?”

“Oh pardon, je répétais ma conférence ! 360 Madison Avenue, Thanks.”

À New-York ou à Paris, les conducteurs de taxi subissent souvent les discussions de Catherine.

Son enthousiasme ne se tarit pas. Elle souhaite maintenant redonner ce qu’elle a reçu tout au long de sa carrière : confiance et soutien des entrepreneurs.

Elle devient alors business Angel et investit de l’argent et du temps auprès de jeunes start-ups du retail. Pour elle, peu importe si elle perd de l’argent, ce qui compte c’est d’investir et de soutenir des équipes et si possible composées de femmes ou au moins mixtes. 

À travers Bleu Capital, elle investit dans des start-ups comme  Leetchi, Popshop, Cargo ou encore Show Fields.

En tant que femme, elle veut être le rôle modèle qu’elle n’a pas eu comme entrepreneuse.

Une femme reconnue par l’eshtablisment puisqu’elle entre au board de Renault en 2017.

Mais une femme consciente, de par son parcours, des difficultés inhérentes à son genre dans le monde l’entreprise. Ce qui explique son investissement dans le Women’s Forum d’abord à New-York et bientôt à Paris.

Ville où elle revient vivre en 2020. La parenthèse américaine est bouclée. 

ÉPILOGUE : UNE FEMME QUI TRAVAILLE POUR DEMAIN

12 Janvier 2021.

Le Consumer Electronics Show, le plus grand salon de l’innovation et des nouvelles technologies, vient de commencer.

Cette année à cause du COVID l’événement se déroule entièrement en distanciel.

Ce qui permet à Catherine Barba de retour en France depuis Octobre 2020 d’y assister. 

Et puis surtout voilà la communicante qui revient en force, elle est toujours aussi à l’aise sur les plateaux télés comme ce matin là sur Bsmart pour parler du CES.

“Bon Catherine, je vous brief, la présentatrice parle rapidement de vous et puis vous interroge sur votre vision du CES.”

“Juste du CES, c’est pas un peu réducteur ? On peut aussi parler de la vision que les investisseurs américains ont des start-ups françaises, non ?”

“Oui, bonne idée, on peut enchaîner là-dessus et puis vous nous parlez de vos projets pour terminer.”

“Ah ah ! C’est en cours mais je peux juste vous dire que ma nouvelle marotte, c’est la transformation du travail, l’avenir de l’éducation et de la formation.”

Et c’est vrai que la question de la transformation du travail est le sujet qui préoccupe Catherine, aujourd’hui.

Pour elle, l’entreprise de demain, c’est celle qui sera capable de changer son business model de fond en comble. Une transformation qui impacte en premier lieu l’organisation du travail de l’entreprise. 

Les entreprises qui réussiront le mieux sont celles qui prendront en compte cette transformation du travail. 

Catherine voit l’entreprise de demain comme un écosystème ouvert sur l’extérieur. Un mixte entre salariés et freelances. L’entreprise devient un hub de compétences, une communauté aux contours flous entre salariés et freelances.

Des indépendants qui travaillent 50% du temps pour l’entreprise et 50% du temps sur leur propre projet.

Un peu ce que fait Catherine aujourd’hui. 

L’administratrice de Renault est en effet en train de monter sa nouvelle entreprise. 

Et ça c’est une autre histoire.

Notes

Spécial CES 2021, la France vu par les USA

Conférence de Catherine Barba, débat, remise des Trophées : revivez la soirée e-py 2021 !

Le podcast Generation Do It Yoursel – #59  Catherine Barba – La marraine du web

Oui are New York – #19: Catherine Barba (Peps Lab / Board Member Renault)

Pourquoi pas moi – L’incroyable parcours de la 1ère entrepreneuse du web, Catherine Barba

Catherine Barba, pionnière des entrepreneures à succès

Catherine Barba – Wikipédia

Catherine Barba, reine de l’e-commerce – Business Cool

Table des matières

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