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Comment Marc Simoncini, le fondateur de Meetic, a surmonté la ruine et la dépression ?

Je vous raconte, aujourd’hui, l’histoire de Marc Simoncini, fondateur d’un  des premiers hébergeurs de site en France et surtout créateur de Meetic, le site qui démocratise la rencontre virtuelle en ligne. L’homme qui depuis ses débuts se débat dans


Île de Ré. Août 2003.

Température de l’eau 19,2°.

Le téléphone de Marc sonne. 

Au bout du fil, son gestionnaire de fond.

— Bonjour, On a un problème, la banque demande une couverture de vos crédits sous huit jours. 

Marc raccroche, l’arrivée de Jean-René Fourtou à Vivendi lui porte un coup fatal. 

Le coup de fil qu’il vient de recevoir n’est qu’une confirmation.

Il à tout perdu : La Maison d’Ars en Ré, l’appartement à Malakoff, et sûrement Meetic.

Une fois la stupeur passée, Marc se tourne vers sa femme Laurence pour lui annoncer la nouvelle.

Sans surprise, elle relève la tête vers lui. Ça fait un mois qu’elle le voit vissé devant le cours de la bourse à la télé.

— Marc – répond-elle encore sous le choc, “tant que ça va bien entre nous et que les enfants vont bien, le reste n’a aucune importance”.

 

Le son de cloche du côté de son ami et partenaire des débuts n’est pas tout à fait le même.

— Mais t’es con ! Faut jamais faire ça ! T’en as pour combien ?

— Parles plus fort Marc, j’entends pas ! 

À l’autre du fil Marc balbutie :

— 7 ou 8 millions d’euros.

L’ancien directeur général d’Ifrance, Thierry de Passemar, ne sourcille pas devant le chiffre.

— Écoute Marc, j’ai le pognon sur un compte. Je me porte garant pour toi. Tu peux rassurer ton banquier.

—  Merci Thierry, je ne saurais jamais comment te remercier.

—  Pour le reste, j’ai confiance en Meetic, ça va marcher.

 

Ce podcast est librement inspiré par le livre de Marc Simoncini, Une vie choisie aux éditions Grasset & Fasquelle.

 

Table des matières

De Marseille au Minitel

Le pouvoir de dire oui

Une idée à 1 franc symbolique

Succès et dépression

De Meetic à l’extase ?

Ruiné puis gagner

Jeu, set et match

Épilogue: Marc Simoncini aujourd’hui

Sources

De Marseille au Minitel

Marc Simoncini commence sa vie  à Marseille, sous le signe de la Bonne mère. La sienne, institutrice, s’est arrêtée de travailler pour élever ses trois enfants.

Son père, ingénieur en télécom, emmène sa famille à travers la France en fonction de ses mutations.

Si pour Marc, la vie Marseillaise est une aubaine de liberté et de foot, l’école s’avère  d’emblée plus compliquée. 

C’est un euphémisme.

 Inadapté, il obtient son bac à l’oral sur un coup de chance. 

—  Il vous faut combien pour avoir le bac lui demande l’examinateur, visiblement pris d’une envie pressante.

– Dix,  lui répond, Marc aussi interloqué par la question que par l’équation qu’il a devant les yeux.

L’instant d’après Marc sort avec le bac en poche , encore ahuri, il jette un regard interrogatif à son examinateur pour comprendre.

—  « France-Angleterre commence dans un quart d’heure. Je ne peux pas rater ça ! »

La bac ne résout pas le problème de Marc, que faire de sa vie ?

Il enchaîne les petits boulots: BTP, magasinier et pour finir  bûcheron aux États-Unis. 

Comme souvent chez Marc, il se retrouve propulsé dans ce nouveau poste sur un  coup de tête. 

Convoqué par son banquier, soucieux de recadrer ce jeune homme, Marc improvise.

Pour combler son découvert ? Il part travailler aux États-Unis, si, si.

Une fois sorti de l’agence, il se débrouille à l’aide de sa marraine pour partir à Los Angeles et se dégote ce boulot de bûcheron. 

De cette époque de petits boulots, Marc garde une humilité, un goût et un respect de tous les travailleurs qui ne le quittera pas. 

De retour en France, la vie de bûcheron étant plus semée d’embûches que prévu, il reprend des études.

Contre toute attente.

Il intègre une école d’informatique et là, c’est le miracle : ZX81, Oric, Spectrum, Commodore 64 deviennent ses meilleurs amis. 

À l’issue des ses études, il doit trouver un stage… qu’il obtient grâce à son Père dans la .. télématique.

Et là, pour Marc, c’est la révélation.

Ces quinze types penchés sur des écrans dans un  nuage de fumée. C’est la liberté 

Payé 9000 francs par mois pour faire un job qui lui plaît, c’est la vie que Marc choisit.

Jusqu’au jour où ..

Edmond son boss lui montre un tableur avec les chiffres, les  résultats, le bilan. Toutes ses journées sont résumées dans un tableau sur un écran.

La vie professionnelle de Marc prend un sens nouveau. 

Il sera chef d’entreprise.

Le pouvoir de dire oui

Marc possède trois talents :

Le sens de l’opportunité, celui des rencontres et une capacité à annoncer des choses qui n’existent pas encore.

Ainsi en juillet 1985  à Dijon  le voilà en terrasse à discuter business avec le père d’un copain, après une partie de tennis. 

— Qu’est-ce que tu fais, toi ? 

— Je monte une boîte !  répond Marc au doigt mouillé..

Relance du père

— Ah oui, et dans quel domaine ?

Marc d’expliquer son projet dans la télématique. Le business online qui s’ouvre à eux, les petites annonces sur le Minitel.

Bref, le futur est un Eldorado.

Enthousiasme du père du copain qui surenchérit.

 — Je ne comprends rien à ton truc mais ça a l’air super, j’investis avec toi, si tu veux. C’est quoi ? Une SA, une SARL ?

Et Marc, pris au dépourvu de lui annoncer une Société Anonyme.

Une société anonyme ? À l’époque, il faut 50 000 francs.

Mais ce qui est dit est dit et Marc part à la recherche de capitaux.

Il appelle son père, lui explique son idée. En face, ce dernier écoute puis contre toute attente se lance dans un long monologue :

 — Tu sais Marc, je suis parti de rien, mes parents étaient si pauvres que pendant la guerre ils ne pouvaient plus me nourrir. Si il n’y avait pas eu ce curé de Saint André des Alpes pour me repérer et m’obtenir une bourse pour continuer mes études, je ne serais pas ici. J’ai dû tout quitter pour avancer dans la vie. 

Marc voit les larmes dans les yeux de son père

Malgré la scolarité catastrophique de son fils, malgré les attentes si souvent déçues, son père lui prête 20 000 francs  : malgré tout.

Marc peut lancer sa boîte avec son premier actionnaire.

Il va falloir trouver des clients.

Le journal local, Le Bien public, veut sont 3615 sur le minitel.

Marc répond à l’appel d’offre, et le gagne : un millions de francs  à la clef. Le graal ? Non plutôt une nouvelle difficulté : il a besoin d’un serveur de 300 000 francs  pour tenir ses engagements.

Le Crédit Lyonnais et son pouvoir de dire oui lui avance l’argent. À côté de ça, il sait qu’il a besoin d’un directeur technique.

Il trouve en François, le fils du directeur de la fac d’informatique de l’époque, la recrue idéale.

3615 Bien Public explose et avec lui encore d’autres services et clients. Il embauche à tour de bras, la Communication Télématique Bourgogne (CTB) compte bientôt 10 salariés. 

Jusqu’au jour où un client ne paye pas sa facture de 1 million  de francs suisses.

Cette facture marque  la fin  de la CTB. Il revend sa voiture pour payer les salaires et la société est liquidée.

Le voilà à Paris, avec à peine de quoi se payer un loyer. Il a bien encore 20 000 francs. Mais ceux-là il les consacre à la création d’une nouvelle entreprise.

Opsion innovation.

Une idée à 1 franc symbolique

Pour cette nouvelle boîte, Marc emmène François avec lui. Impossible de se priver de ce petit génie qui, à dix ans, bricolait des cartes électroniques dans sa chambre.

Leur nouveau concept ?

Transformer le minitel en ordinateur. Pour ce faire, il suffit de rajouter un boîtier pour le rendre intelligent. En trois mois François a développé un OS (Operating system, un peu comme un windows) et Marc commercialise la solution. 

Mais en attendant, il faut vivre. Les deux hommes reprennent leur métier d’hébergeur et ça tombe bien l’un des plus gros services du minitel cherche un nouvel hébergeur

Marc s’acssocie avec Françis Imbard, le propriétaire de 3615 Gay.

Ouvrons, ici une parenthèse, sur cet homme, au bagout aussi coloré que sa trajectoire est déjantée. 

Francis est l’homme qui va vivre avec un redressement fiscal de 50 millions de francs et mourir avec une balle de calibre 11.43 dans la tête. 

Marc va tout vivre avec ce nouvel associé

Les Rendez-vous ubuesques à la banque où Francis détaille avec gourmandise son business gay.

La porte du bureau défoncée par un ancien légionnaire prêt à décapiter son associé.

Le Leasing frauduleux pour financer une Aston Martin.

Comme Marc le dessine dans sa biographie “ Une vie” : Francis, c’est un Bernard Tapie au cube !

En attendant tout va bien pour Opsion innovation, enfin,  en attendant que tout aille mal.

Du jour au lendemain, Marc se retrouve avec un procès sur le dos. Toujours un peu borderline, il a dépassé la frontière de l’acceptable pour l’un de ses plus gros clients.

Le client, avisé, ne veut pas le ruiner, juste récupérer son business. Et voilà Marc contraint de négocier le rachat de son business pour un euros symbolique.

Le protocole précise que Marc ne pourra plus monter de site de rencontre sur Minitel, ni internet

Internet ?

Personne, autour de la table de négociation, ne comprend vraiment ce que c’est en cette matinée de janvier 1997.

Marc non plus d’ailleurs. mais d’instinct et sûrement par soucis de conservation, il demande :

 —    Est-ce que l’on peut enlever “Internet” du champ de non-concurrence ? 

En face, tout content de sa bonne affaire, le pape du minitel acquiesce dans un éclat de rire.

Il ne reste rien à Marc.

Si, une société sans contrat, ni client.

 François, son directeur technique, reste avec lui par pitié. 

Seul réconfort, sa femme.

 —   “ Même si on vivait dans une caravane, je resterai avec toi” 

Mais même dans une caravane, il faut des idées à Marc pour vivre.

Des idées qu’il n’a plus, assis en larme dans son bureau. 

Heureusement, il est soutenu par sa femme, Laurence Simoncini.

Malgré tout Marc se démène. 

Succès et dépression

Enfin il lance des perches. 

L’une d’elle accroche, une petite annonce qu’il a mise sur Minitel. Ironie du sort.

La petite annonce stipule qu’il a un projet  de site internet et qu’il cherche un investisseur.

Et ce jour là, il rencontre celui qui deviendra son partenaire, son ami : Thierry de Passemar.

Thierry vient de revendre sa boîte. Il a de l’argent et veut se lancer dans internet.

 —   Effectivement, j’ai un projet internet quasiment prêt. Si vous me laissez quelques  jours, je vous le présente avec plaisir.

Marc vient de se donner 10 jours pour comprendre ce qu’est internet et construire un projet

Le jour dit, il présente à Thierry un business révolutionnaire. Il vont construire “ Ifrance”un media sur internet et monétiser cette audience avec de la publicité.

Thierry part avec lui et prend 50%. Normal, il apporte  l’argent avec lui.

Très vite le succès est au rendez-vous. Internet grossit et l’audience d’Ifrance avec.

Les recrutements s’enchaînent : ingénieurs, graphistes et même un commercial. 

A la fin de l’année 1998, Ifrance fait partie du top 15 des sites les plus visités en France

Internet grossit comme une bulle de savon sous les yeux béats des investisseurs. 

Marc et Thierry veulent grandir eux aussi. Voilà les deux hommes à la recherche d’investisseurs. La carnet d’adresse de Thierry permet d’enchaîner les rendez-vous.

Les deux hommes cherchent 20 millions d’euros

La bulle de savon continue de grossir. 

Rendez-vous est pris chez Viventures, le fonds dirigé par Jean-Marie Messier, le patron des années 2000 par excellence.

Marc pitche son entreprise, ce qui le fait se lever chaque matin, sa raison de vivre.

En face, le financier n’écoute pas, il parcourt rapidement le powerpoint qu’on lui a fourni.

 —   Je crois que vous et moi ça ne va pas être possible, finit par sortir excédé par l’attitude de son interlocuteur, Marc.

 —  Pourquoi ?  Si, nous sommes intéressés – répond son interlocuteur étonné, plus habitué au bruit feutré des mocassins weston sur la moquette épaisse qu’aux sorties d’un CEO à fleur de peau. 

Finalement,  Vivendi investit 20 millions d’euros et valorise la boîte à 40 millions d’euros.

La suite ?

La bulle de savon continue de grossir et la complémentarité entre Marc et Thierry de grandir. 

Multimania, le concurrent direct d’Ifrance vient  d’être valorisé en bourse à trois milliards de dollars.

Une excellente nouvelle pour Ifrance. 

 — Trouve nous une idée pour lever, beaucoup mais beaucoup d’argent, surenchérit Thierry à Marc.

La valse des investisseurs commence. Poliment, ils demandent  à Marc ses disponibilités pour un rendez-vous.

La rapport de force est inversé. 

À tel point que les deux compères refusent une première offre de rachat à 100 millions de francs. 

Quelques mois plus tard, tout bascule.

Libertysurf leur propose 1,4 milliards de francs…

La bulle de savon grossit encore.  

Et c’est Vivendi qui l’attrape en rachetant ifrance pour 182 millions d’euros dont 50% en cash.

Marc garde son poste. Il s’ensuit pour lui  douze mois de blues. L’ennui l’envahit. Son  caractère n’est pas fait pour les  process des grands groupes.

Fin 2001, Marc démissionne. La mort dans l’âme, il ne sait plus quoi faire.

Et ce n’est pas la phrase du journaliste de Libération dans son article du jour  qui va le réconforter :

« Simoncini recréera peut-être une nouvelle entreprise mais elle ne vaudra sans doute jamais 182 M€. ».

De Meetic à l’extase ?

Décembre 2001

2H41

Allongé, Marc regarde le plafond, il cherche une réponse dans les ombres de la nuit.

Il vient de dîner avec trois potes célibataires, malheureux en amour.

Impossible à leur âge de faire facilement de nouvelles rencontres. 

Marc retourne le problème dans sa tête.

Une voiture passe dans la rue, la lumière des phares projette brutalement comme des gouttes de lumières au plafond. 

Une boule à facette se dit Marc.

Oui, la voilà l’idée ! Créer un lieu où filles et garçons pourraient se rencontrer de manière conviviale. Une boîte de nuit virtuelle.

Dès le matin, sur son balcon, il ébauche le brouillon de son site de rencontre. Il sera  hype et sécurisé pour les utilisateurs et utilisatrices et surtout payant.

Le développement commence, il est compliqué et demande beaucoup d’argent au vu  des exigences de Marc. 

Qu’importe,  Il se sent revivre.

Avril 2002, le lancement de Meetic est filmé sur France 2. Premier inscrit, un beau gosse monté sur un chameau.

En attendant, l’argent file à toute vitesse. Il est temps de lancer le modèle payant. 

Un système de krediz est lancé. Concrètement, certaines fonctionnalités sont accessibles contre des krediz que l’on peut gagner en effectuant certaines actions ou plus simplement en payant. Et ça marche.

Étape suivante, trouver des investisseurs pour se développer.   

Sans difficulté, il fait appel à ses amis . Tous ses compagnons  répondent à l’appel : Arend, Philippe, Thierry, Patrick, Jean-David. 

Au final Meetic lève 3, 8 millions d’euros et Marc garde 70% des parts.

La presse s’empare du phénomène Meetic, tout va bien.

D’ailleurs qu’est-ce-qui pourrait se passer mal pour Marc, les pieds dans l’eau dans sa maison de l’ïle de Ré, cet été 2003 ?

Ruiné et puis gagner

Il est vrai que l’action Vivendi n’est pas au mieux, elle ne fait que chuter depuis 2000.

120 euros

Puis 60

Puis 30 

Puis 20

Marc part courir dans les marais salants.

Quand il revient, Jean-René Fourtou vient juste d’annoncer les résultats de Vivendi.

L’action Vivendi affiche 8 euros 92.

Marc a couvert ses emprunts avec ses actions Vivendi acquises lors de la cession. Il  est ruiné, endetté pour 1000 ans. 

Une fois la stupeur passée, la nouvelle annoncée à sa femme, il appelle Thierry.

Surpris par la faillite de Marc, il l’engueule. Une fois le coup de colère passé, il le couvre.

Thierry a des valeurs. L’amitié en fait partie.

Loi de Murphy aidant, quelques semaines plus tard Marc reçoit un nouveau  contrôle fiscal.

Le vrai selon son avocate fiscaliste.

Vrai ou pas, Marc n’est finalement  pas redressé. 

Il se retrouve fin 2003, sans redressement, ses dettes couvertes par Thierry, et surtout à la tête de ce qui commence à ressembler à une licorne : Meetic.

Meetic explose, croissance, recrutement à tout va. Pour Marc, hors de question de gérer ça tout seul, il ne sait pas faire.

C’est Sandrine l’ancienne directrice financière de iFrance qui s’y colle.

Et puis il faut des financements, Meetic se retrouve à devoir aller chercher de l’argent frais à l’extérieur.

La mariée est belle, et c’est d’abord Insight, un fond américain qui veut investir. 

Mais le leader mondial du dating Match.com a eu vent de l’affaire. Si Meetic est financé, il aura les moyens de conquérir l’Europe.

Hors de question, alors il se met sur les rangs pour investir dans son concurrent. 

Le timing aidant, voilà que le patron de Yahoo à Paris, à ce moment-là, remarque Meetic et se déclare intéressé. 

Au final, Marc donne rendez-vous à Yahoo et Match.com à Londres, dans le même restaurant. 

Évidemment pas à la même heure ! 

Enfin, si, Il s’est emmêlé les fuseaux horaires.

Yahoo et Match se retrouvent face à face, de quoi faire grimper les enchères. 

Mais que ce soit l’un ou l’autre, avec de tels financeurs Marc aura les mains liées.

Au dernier moment, c’est au tour des AGF, la compagnie d’assurance, de courtiser la mariée. 

Même montant que les deux américains mais des clauses beaucoup moins restrictives. 

Sauf que lors de la réunion de présentation, le DG d’AGF tique à l’idée d’investir dans ce qui s’apparente presque pour lui à un site d’escort..

Marc emporte pourtant le morceau en une phrase :

« Monsieur, savez-vous quel est le site le plus consulté par vos salariés après celui d’AGF ? » 

C’est Meetic. 

Deux jours plus tard, le deal est signé et Marc a les mains libres.

Jeu, set et match 

Meetic continue de grossir. Fini les Krediz et bienvenue aux abonnements. Quoi de mieux que du récurrent pour assurer la rentabilité.

Meetic est devenu mythique et ça s’entend, même à la radio.

Pour Marc, il est tant d’envahir l’Europe, un nouveau projet, un nouveau défi.

Avec des investisseurs, il aura les mains liées, il le sait. 

Alors, il change de stratégie.

Sandrine sa directrice administrative et financière sort de son bain de boue à la Thalasso de Carnac.

  • « On va mettre Meetic en bourse. »  lui dit Marc au téléphone.

D’une main stressée, elle étreint le pan de son peignoir

  • “ Marc, l’année prochaine ?
  • Non, après l’été répond Marc.

Le 13 octobre 2006 Meetic entre en bourse. D’emblée l’action prend 10%.

Avec moins de 100 salariés Meetic est alors valorisée à 350 millions d’euros.

C’est parti pour la conquête de l’Europe. Pour ce faire, Marc veut procéder en rachetant ses concurrents déjà présents sur le marché.

Il  a une vision assez large de l’Europe.

Son premier rachat ?  Un groupe de dating en Chine .. Au grand dam des marchés qui ne comprennent pas cette stratégie.

Pour Marc, les marchés émergents sont un levier puissant.

En même temps, il implante ses équipes en Allemagne, Angleterre, Danemark. 

L’idée ? Implanter Meetic sur place pour fragiliser ses concurrents et les racheter à moindre prix.

Marc est en guerre et tous les moyens sont bons pour détrôner le leader mondial Match.com.

Sa stratégie ? Pousser Match.com à lui revendre à un prix correct ses activités en Europe.

Pour ce faire, il doit avoir un levier pour inverser le rapport de force dans les négociations.

Ce sera DatingDirect le leader de la rencontre en Grande-Bretagne. Marc négocie une offre de rachat auprès d’eux juste avant de rencontrer Match.com.

Lors de la rencontre, la surprise est totale pour les américains. 

Aucun accord n’en sort et la guerre reprend de plus belles à coup de dollars à la pelle.

2009 – New-York

Nouvelle réunion en vue d’un accord entre Meetic et Match.

Viktor en charge de la négo pour Match propose

“Nous sommes prêts à vous céder Match en Europe mais nous voulons 65 % de Meetic en échange.”

Marc replie son portable et se lève. Le deal a encore capoté.

Mais au moment de sortir, il tombe nez à nez avec Barry, le patron de Match et ancien de.. Vivendi.

La négo reprend.

Un accord est trouvé et le 19 février 2009, Meetic rachète les activités de Match en Europe.

La suite est connue.

Marc cède en 2011, 70% de ses actions à Match. Il a terminé ce qu’il avait à faire.  

Avec 400 millions en poches, Marc peut s’estimer heureux.

Sauf que l’estime de soi n’a jamais été la tasse de thé de l’entrepreneur. 

Son mantra ?

Fuir la dépression dans l’action. 

Épilogue: Marc Simoncini aujourd’hui

Le 5 septembre 2012.

Marc, au fond du trou, annonce à sa femme et ses enfants : 

« Vous n’avez plus besoin de moi, je vais partir. »

Au moment où il le dit, il prend conscience de la violence du propos.

Le lendemain, il est dans le cabinet d’un psychologue pour se faire aider. 

Aujourd’hui,  Marc est comme une entreprise :  à l’équilibre. 

Marc a compris que pour prévenir la dépression, il doit rester en activité.

C’est pourquoi il lance Jaina capital avant de partir de Meetic.

Au fil des années qui suivent, il complète ses besoins vitaux en redevenant entrepreneur (lunettes, vélo électrique) et même producteur de cinéma.

Il  ne travaille qu’une semaine sur deux. La 2e semaine étant consacrée à sa vie personnelle et à sa famille. 

D’ailleurs si vous demander à Marc ce qu’il a le plus réussi dans vie, il vous répondra :

Ses enfants et le fait de rentrer tous les soirs, depuis quinze ans, à l’heure pour dîner en famille.

Et ça c’est une autre histoire.

Sources

Marc Simoncini – Livre – Une vie choisie – EditionsGrasset & Fasquelle

Marc Simoncini Generation Do It Yourself

Marc Simoncini : “C’est l’histoire d’un échec qui m’a coûté 7 millions”

Marc Simoncini – Wikipédia

Meetic : Marc Simoncini rend les armes, évitez

Le deuxième jackpot de Marc Simoncini

Marc Simoncini, (très) riche malgré lui

Qui veut regarder ” Qui veut être mon associé ? “

Table des matières

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