Carlos Ghosn: le sauveur de Nissan – Ep 1

Carlos Ghosn, un libanais né au Brésil et élevé en France change le destin de Renault et Nissan. Mais le pouvoir et l’argent vont le changer. Jusqu’à sa chute.


Une journaliste à un autre

“Hé, t’en penses quoi toi du “cost killer” français ?”

L’autre journaliste

“Il en a sous le capot mais avec Nissan il va pas rouler des mécaniques longtemps ce Gaijin.”

Carlos

“Je sais et je mesure quel effort, quel sacrifice, quelle douleur nous allons devoir subir.

Mais croyez-moi, nous n’avons pas le choix et ça en vaudra la peine.”

Derrière ses grosses lunettes, l’allure sévère, Carlos Ghosn, pèse ses mots. En ce jour du 18 octobre 1999, à l’occasion du Tokyo Motor Show, il annonce le plan d’action “renaissance” pour sauver l’entreprise automobile Nissan, véritable joyau de la fierté japonaise. 

À Tokyo, devant un parterre de 300 journalistes, Carlos sait que le défi est de taille. Mais précédé de sa réputation de cost killer, l’impossible ne lui fait pas peur. 

Au cœur de la tempête, le Tycoon français de l’automobile se taille son futur trône au pays du soleil levant.

Des mesures drastiques à la démesure, de grand patron à la folie des grandeurs, je vous raconte aujourd’hui l’histoire d’un homme qui, en voulant toujours plus, a été stoppé en pleine course  : Carlos Ghosn. 

Dans ce 1er épisode, Carlos a une mission: sauver Nissan.

Table des matières

Carlos Ghosn, un homme de la mondialisation

Le sauveteur de Nissan et de Renault

L’usure du pouvoir et l’amour de l’argent

Épilogue : Cannes et le démarrage d’une enquête

Carlos Ghosn, un homme de la mondialisation

D’origine libanaise, c’est sous le soleil brésilien à Porto Velho que naît Carlos Ghosn en 1954. Mais le climat ne convient guère à la santé du petit garçon et âgé de 6 ans il repart avec sa famille s’installer au Liban. 

A l’inverse de son père, un malfrat condamné pour meurtre et trafic de fausse monnaie, Carlos est un garçon brillant, doué pour les études. Après avoir intégré la prestigieuse école jésuite libanaise Notre-Dame de Jamhour, il poursuit ses études en France à Polytechnique puis les Mines. 

En 1978, à peine diplômé, il part à Clermont-Ferrand pour travailler chez Michelin. Il gravit rapidement les échelons et à 27 ans seulement il est nommé directeur d’usine. 

François Michelin

“Carlos, je vois bien que tu ronges ton frein ici. J’aurai besoin d’un homme de confiance et de ta qualité pour diriger les divisions Michelin au Brésil. 

C’est le chaos là bas , faut aller faire le ménage.”

Carlos

“Je suis votre homme François!”

Ambitieux, avec la prétention de devenir un jour numéro un, Carlos travaille sans relâche et sans état d’âme. Implacable, il prend des mesures drastiques pour redresser la filiale au Brésil. Malgré la situation économique désastreuse du pays et l’instabilité politique, Carlos réussit le pari. La direction de Michelin l’envoie alors aux États-Unis pour faire de même. 

Rita

“Cost Killer….New York Times, The Financial, tout le monde l’affirme, tu es un vrai tueur mon amour!”

Carlos

“Moi, Rita, ce que je veux killer, c’est la première place. Mais impossible chez Michelin, j’ai pas le bon patronyme.”

Effectivement, Carlos ne compte pas arrêter la course de sa fulgurante carrière. Être numéro deux sur le podium n’a jamais été son objectif. Il se rêve en numéro un. 

Sauf que chez Michelin, la place de grand patron, c’est dans la famille de sang qu’elle s’obtient.

Egon Zehnder

“Monsieur Schweitzer, c’est Zehnder. J’ai trouvé l’homme qu’il vous faut. Un certain Carlos Ghosn. Il est libano-brésilien, un polyglotte, il est à deux doigts d’obtenir le passeport français. Je l’ai déniché dans l’annuaire de Polytechnique.”

 Louis Schweitzer

“Intéressant.  Arrangez-moi le rendez-vous à Boulogne s’il vous plaît.”

Et c’est ainsi que Carlos Ghosn, déniché par un chasseur de tête sur commande de Louis Schweitzer le PDG de Renault, débarque chez le constructeur automobile en 1996. Il a 42 ans. Sa carrière passe à la vitesse supérieure. Schweitzer recherche son successeur, la place de numéro 1 est à prendre.

En tant que directeur général adjoint, Ghosn redresse la situation économique du groupe grâce à une réduction drastique des coûts , sa marque de fabrique, et l’augmentation de la gamme de voitures. En 1997, Renault annonce un bénéfice de 5,4 milliards de francs. Schweitzer a trouvé son bolide! 

La marque au losange a maintenant pour ambition de devenir un leader mondial de l’automobile. L’échec des négociations avec Ford pour créer une alliance quatre ans plus tôt a laissé un goût amer à Schweitzer. En 1998, il se décide à écrire à Yoshikazu Hanawa, le PDG de Nissan, un constructeur japonais positionné sur les mêmes gammes que Renault. Si l’alliance se fait, Renault met un pied en Asie, un marché dont il est le grand absent.

Carlos Ghosn, la toute puissance - Ep 1

Le sauveteur de Nissan et de Renault

Louis Schweitzer

“Ah Carlos, entrez! Pour le Japon, je suis convaincu que vous êtes l’homme de la situation. Vos méthodes paient. Je dois signer l’accord pour l’alliance avec Nissan mais c’est avec vous qu’elle doit se faire. Si vous n’y allez pas, je ne signe pas!”

L’accord est signé le 27 mars 1999 et donne naissance à l’alliance Renault-Nissan.

Pourtant au départ, personne, du moins au Japon, ne croyait en cette alliance. Nissan est un joyau, un emblème national. Les problèmes de Nissan sont mal acceptés, les Japonais en ont honte. Alors qu’un gaijin vienne s’en mêler, c’est dur à avaler.

Un autre employé Nissan

“Hanawa-san, pardonnez-moi, mais pourquoi avoir accepté l’alliance avec Renault ? On a du mal à comprendre comment une entreprise qui ne sait pas fabriquer des voitures peut nous racheter…”

Carlos Ghosn

“Et moi j’ai du mal à comprendre comment une entreprise qui fait d’aussi bonnes voitures peut perdre autant d’argent !”

Carlos gère les parts de Renault dans Nissan, 36,8%, puis tout en gardant son poste de directeur général chez Renault, il devient chef des opérations de Nissan. Le 18 octobre 1999, il doit donner sa première conférence de presse à Tokyo pour présenter le plan de redressement de Nissan. La pression est à son comble.

Carlos Ghosn

“Il faut revoir les méthodes. Nissan a d’excellents ingénieurs, de bonnes voitures mais un management figé qui entrave l’évolution de l’entreprise.

Nous fermerons 5 usines, nous réduirons les effectifs de 14 % des effectifs, les coûts d’achat de 20%…”

L’employé Nissan

“Monsieur Ghosn, vous vous rendez compte que ça va à l’encontre de notre culture ? L’emploi est sacré ici, quand on a un poste, c’est à vie !”

Carlos Ghosn

“Nous n’avons pas le choix et ça en vaut la peine. 

Je m’engage à démissionner, ainsi que mon équipe, si en mars 2001 les objectifs ne sont pas atteints. “

Le plan “renaissance” de Nissan paie. Avec un bénéfice de 3,8 milliards d’euros en 2004, il devient l’un des groupes automobiles les plus rentables au monde. La réputation du cost killer n’est plus à faire. 

Carlos Ghosn n’a pas peur de bousculer les traditions. Même le système de l’augmentation salariale est revu:  fini la hausse à l’ancienneté, seuls les employés méritants pourront en bénéficier peu importe l’âge et l’arrivée dans l’entreprise. 

Toujours directeur général chez Renault, Carlos est nommé président de Nissan en 2000 et PDG en 2001. Il est enfin numéro un : il est le premier dirigeant au monde à occuper cette fonction simultanément dans deux entreprises de cette envergure. 

Avec la renaissance de Nissan, s’ensuit une véritable Ghosn-mania au Japon. Carlos devient une vraie star, un vrai Tycoon, à qui l’on demande des autographes, que l’on invite sur tous les plateaux télé et qui fait la une des magazines. Il est même héros d’un manga ! 

Rita, la première femme de Ghosn

“Tu vois mon killer, tu es même numéro 1 dans le cœur des Japonais… 

D’ailleurs t’as vu, dans ce magazine, ils disent même que tu es père idéal de l’année! Quelle consécration!” 

Adoubé et adulé au Japon, Carlos commence à penser lui aussi qu’il est un demi-dieu…

Carlos Ghosn, la toute puissance - Ep 1

L’usure du pouvoir et l’amour de l’argent

Caroline

“Papa, pourquoi la journaliste te surnomme seven eleven?”

Ghosn

“Parce que de 7 à 23h je pilote tous les dossiers. Tu sais ma chérie, pour pouvoir passer du temps en famille, j’organise mon agenda un an à l’avance!”

La tête dans le guidon de 7h à 23h, Carlos a le pouvoir qui lui monte à la tête. Après un coûteux divorce avec Rita sa première femme en 2011, l’argent devient une obsession. En 2015, Carlos perçoit 16 millions d’euros de salaire, ce qui fait même bondir le Medef. Il se met à dos les grands patrons du Cac 40 et le gouvernement Valls. Alors qu’il demande à ses employés de se serrer la ceinture et que des postes sont supprimés, l’envolée de son salaire choque l’opinion publique.

Mais Carlos s’en fiche et pour se justifier, il évoque le salaire du patron de General Motors.

Pendant que son salaire grimpe, sa paranoïa, elle, atteint des sommets. Le 3 janvier 2011 il met à pied trois cadres de chez Renault qu’il accuse d’espionnage industriel. Sauf que l’enquête révèle que Carlos s’est trompé. Ce dernier s’excuse platement au journal de 20h mais le mal est fait. L’affaire fait grand bruit.

En 2017, c’est au tour de Hiroto Saikawa, son bras droit chez Nissan, de se débattre avec le scandale des certificats falsifiés. Sauf que, à ce moment-là, Carlos est absorbé par d’autres préoccupations.

Carlos

“Il est où ce virement bordel ? 

Je dois être à Beyrouth à la fin du mois, la villa n’est pas finie, il me faut ce virement!”

Une minuscule filiale de Nissan, Phoinos, paie les différentes maisons de Carlos aux quatre coins du monde. Une luxueuse villa à Beyrouth, un penthouse à Tokyo, un appartement à Rio avec vue sur la baie… 

Carlos

“Chers amis, buvez, dansez… Au nom de Nissan, profitez de cette soirée! Je déclare ouvert le carnaval !”

Carlos prend du bon temps, tout cela au frais de Nissan. En février 2018, la soirée du Carnaval de Rio est facturée 257 872 dollars ! 

Carlos songe à passer la main mais il lui reste un dernier sommet à gravir, selon lui. Depuis 2016, Mitsubishi a intégré l’alliance Renault-Nissan. Cette alliance, c’est 450 000 salariés, 122 sites industriels et 10,6 millions de voitures vendues dans plus de 200 pays. Et pour la rendre encore plus puissante, Carlos réfléchit en 2018 à une fusion ou un rapprochement du capital, en accord avec l’état français. 

Carlos ne le sait pas encore mais pour Nissan, cette fusion sonne comme une déclaration de guerre.

Carlos Ghosn, la toute puissance - Ep 1

Épilogue : Cannes et le démarrage d’une enquête

Présentateur télé

“Alors que Carlos Ghosn en smoking noir et noeud papillon gravit les marches du festival au bras de son épouse en robe vert émeraude… “

Le 10 mai 2018, l’alliance paie une nouvelle fois le show de Carlos Ghosn et sa femme lors du festival Cannes. Sous les feux de la rampe, le couple ne se doute pas qu’à Tokyo au même moment, se trame la descente aux enfers.

Un lanceur d’alerte

“Cher Hidetoshi Imazu, j’attire votre attention sur Monsieur Ghosn, j’ai la preuve formelle qu’il aurait falsifié les comptes Nissan avant de détourner de l’argent…”

Que se trame-t-il au Japon? Ça c’est l’histoire du prochain épisode
=> Carlos Ghosn: l’enquête et la chute – Ep 2

Carlos Ghosn, la toute puissance - Ep 1

Notes

Le piège –  Bertille Bayart (Auteur) Emmanuel Egloff (Auteur) Enquête sur la chute de Carlos Ghosn Paru le 25 septembre 2019 Essai (broché) – Editions Kero

Le fugitif – Régis Arnaud (Auteur) Yann Rousseau (Auteur) Les secrets de Carlos Ghosn Paru le 5 février 2020 Etude (broché) – Editions Stock

https://www.radiofrance.fr/franceinter/comment-le-refugie-carlos-ghosn-occupe-son-temps-a-beyrouth-8857459

https://www.capital.fr/entreprises-marches/la-surprenante-reconversion-de-carlos-ghosn-au-liban-1440639

https://www.liberation.fr/international/moyen-orient/carlos-ghosn-condamne-a-la-retraite-doree-au-liban-20220423_7RFCZ55S3RB23JO27KL4DEV6AU/

https://fr.wikipedia.org/wiki/Affaire_Carlos_Ghosn

https://fr.wikipedia.org/wiki/Carlos_Ghosn

Table des matières

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