Hors-série – Bénédicte Tilloy ou la volonté d’apprendre toujours !

Bénédicte Tilloy, d’ex DRH à la SNCF à la Startup, il n’y a qu’un pas. C’est celui qu’elle a franchi avec une seule volonté: apprendre et créer.


Derrière des lunettes à monture épaisse, les yeux pétillants de Bénédicte Tilloy témoignent d’une vie intérieure riche et crèvent l’écran de l’ordinateur au travers duquel nous discutons. 

Son sourire bienveillant indique qu’elle est contente d’être là et ne cherche pas à cacher qu’elle trouve l’exercice du portrait gratifiant et assez exigeant même. 

Pourquoi ? 

Parce que pour cette serial-créative, qualificatif qu’elle juge un chouilla présomptueux, il est difficile de se résumer : elle a peur qu’on la range dans une case. 

Mais même sous la menace, on ne saurait dans quelle case la ranger tant elle a de cordes à son arc et de diversité à ses activités !

Bienvenue dans ce 1er hors-série de la nouvelle saison avec l’occasion de découvrir des entrepreneurs moins connus mais tout autant entreprenants. Aujourd’hui, je vous propose de découvrir Bénédicte Tilloy, une ex DRH à la SNCF passée par la case start-up. 

Table des matières

PARTIE 1 – Un parcours de cheminote

PARTIE 2 – Une cassure et un changement

PARTIE 3 – Peinture, startup et écriture

Hors-série - Bénédicte Tilloy ou la volonté d’apprendre toujours !

PARTIE 1 – Un parcours de cheminote

Après une formation qu’elle estime plutôt classique, classe prépa puis ESSEC, Bénédicte Tilloy ne s’attendait pas à débuter sa carrière pro à la SNCF et s’imaginait encore moins s’y épanouir. 

Pourtant, elle occupera beaucoup de postes différents et y restera de ses 28 à ses 55 ans.

Elle a dirigé les contrôleurs, s’est occupée des transiliens, est à l’origine de la carte 12/25 et a même été directrice de région. 

Elle s’amuse et s’étonne de l’excitation qu’elle ressentait lorsqu’elle chaussait ses chaussures de sécurité pour arpenter des tunnels aux aurores, bien loin de Paris. 

Sa nature profondément humaniste s’est épanouie au contact de corps de métiers qu’elle n’aurait pas été amenée à fréquenter dans un autre contexte. Elle fait référence aux métiers techniques qu’on connaît mal alors qu’il font tourner la boîte : les aiguilleurs, les mainteneurs ou les écureuils ! 

Et non, ce ne sont pas des animaux mais les gens qui travaillent en haut des mâts qui tiennent les rails. 

Ce vocabulaire spécifique est la marque d’une culture d’entreprise très forte, et Bénédicte a beaucoup aimé ça.

Bosser à la SNCF, c’est bien plus qu’un job, c’est une identité professionnelle dont Bénédicte est encore très fière aujourd’hui même si elle n’y travaille plus. D’ailleurs elle est toujours considérée comme “cheminote” par ses anciens collègues, et ça lui fait chaud au coeur. 

Son goût pour le challenge a aussi été comblé à la SNCF. En effet, dans une entreprise de cette envergure, les changements sont difficiles à mettre en place et représentent un certain nombre de défis. 

Elle les a tous relevés et donne en exemple le passage des titres de transports papiers au support numérique qui a considérablement fait évoluer le métier de contrôleur. 

Le récit de sa carrière à la SNCF est si prenant, si palpitant, qu’on en vient à oublier qu’elle parle d’un temps révolu et qu’elle fait autre chose aujourd’hui. 

Pourquoi est-elle partie si elle était comblée ? 

Hors-série - Bénédicte Tilloy ou la volonté d’apprendre toujours !

PARTIE 2 – Une cassure et un changement

Pour comprendre les raisons du basculement de Bénédicte, il faut comprendre la motivation profonde qui l’anime. Et cette motivation, c’est le désir d’apprendre. 

En 27 ans de carrière, après avoir géré des équipes, les transports d’une région et des situations de crises graves, comme l’accident de Brétigny en 2013, Bénédicte comprend qu’on ne lui proposera plus d’opportunité professionnelle à la hauteur de ses attentes et l’idée de partir commence à germer. 

À ce moment-là, elle est membre du comité exécutif et même si elle peut occuper ce poste confortable encore longtemps, elle ne supporte pas cette aisance et ce manque de challenge. Elle estime donc qu’il est temps de passer la main. 

Elle commence alors à en parler autour d’elle. 

Et là, les réactions sont désastreuses. On la prend pour une cinglée. 

“Mais t’es complètement folle, personne ne t’attend. Ça fait 27 ans que t’es à la SNCF, il n’y a rien pour toi dehors !” 

Survient alors le deuxième déclic : on lui suggère de renoncer ? Qu’à cela ne tienne, ces réactions négatives sont le déclencheur dont elle avait besoin !

Elle confie même que sans une telle réticence de la part de son entourage, elle n’aurait peut-être pas pris de décision aussi radicale. 

Elle a voulu prouver aux autres et à elle-même qu’elle en était capable. C’est ainsi qu’en 2017, Bénédicte négocie son départ de la SNCF et se retrouve seule. 

Le grand vide ne tarde pas à se faire sentir : elle se demande à plusieurs reprises ce qui a bien pu lui passer par la tête pour se mettre dans un tel pétrin. 

Mais trop tard, maintenant il faut se débrouiller. Et il lui suffit de penser au plaisir qu’elle va prendre à s’instruire sur des sujets qui lui sont inconnus pour vaincre l’inquiétude ! 

Bénédicte commence donc par prendre des cours justement. Elle a besoin de connaissances solides dans le digital et effectue une formation dans le domaine à la Singularity University. 

Grâce au temps libre qu’elle a débloqué, elle prend enfin des cours aux Beaux-Arts, une bénédiction pour elle qui a toujours dessiné ! 

Elle se rend aussi disponible pour aider des amis et recevoir de leur part quelques éclaircissements dans les domaines qu’ils maîtrisent. Un échange de bons procédés quoi ! 

De fil en aiguille, Bénédicte rejoint un incubateur de start-up dans lequel elle reste deux ans. Loin d’être découragée par le jeune âge des gens qu’elle y rencontre, elle y voit l’occasion de désapprendre et de réapprendre. En effet, elle n’était pas à la page en matière de connaissances numériques. 

N’importe qui aurait claqué la porte plutôt que d’être sermonnée par des gens avec trois fois moins d’expérience, mais pas Bénédicte. Au contraire, elle voit ces deux ans comme une leçon d’humilité et se jette dedans sans une once de mépris. 

De toute façon, le plus important, c’est d’apprendre toute sa vie ! Bénédicte trouve une partie de son bonheur lorsqu’elle se met à défricher de nouveaux univers. Elle aime par-dessus tout la sensation de se sentir ignare sur un sujet et d’en être l’expert six mois plus tard, après des semaines de labeur. 

De plus, les gens qui l’entourent sont vifs et énergiques, enclins au moindre changement : un climat propice à la remise en question personnelle.

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PARTIE 3 – Peinture, startup et écriture

Il n’en fallait pas plus pour que Bénédicte co-fonde deux start-ups, devienne chroniqueuse pour Welcome to the jungle et les Échos et publie même un livre sur son expérience professionnelle, La Team. 

Côté arts graphiques, ses aquarelles font l’objet de publications LinkedIn grâce auxquelles elle échange avec sa communauté. La puissance de ses aquarelles réside dans le fait qu’elles s’adressent directement au cœur, sans passer par la raison. 

Ainsi, Bénédicte peut tout de suite développer des liens profonds avec ceux qui la contactent, loin du small-talk corseté qu’on trouve parfois sur les réseaux sociaux. 

Bénédicte n’agit que par passion, par désir d’apprendre et par ce qui en découle immanquablement : le désir de transmettre. 

C’est quelque chose qu’elle porte en elle depuis longtemps et c’est pour ça qu’elle a été bouleversée par Le cercle des poètes disparus, le film de Peter Weir. Il représente parfaitement ce que doit être la transmission à savoir, la capacité à inspirer les autres en restant au milieu d’eux, en se mettant en danger afin surtout de RESTER AUTHENTIQUE. 

Aujourd’hui, elle est occupée à faire grandir ses deux boîtes et prévoit une exposition de ses aquarelles dans une entreprise. 

Littéraire dans l’âme, elle travaille aussi à lancer le festival du livre en entreprise. 

En parallèle, elle mène une vie culturelle assez intense : elle lit beaucoup et va régulièrement au cinéma. 

Elle parle d’ailleurs avec grand enthousiasme de Annette, le dernier film de Leo Carax, qu’elle a découvert après le confinement et qui l’a enchantée. Avec clin d’œil et sourire complice, elle avoue ne pas être insensible au charisme d’Adam Driver. 

Convaincue qu’il lui reste des milliers de choses à apprendre, fascinée par les avancées technologiques tout en sachant qu’elles peuvent être dangereuse et allergique à la routine, Bénédicte Tilloy ne cesse d’aller de l’avant et ne fait pas partie des sexagénaires qui assènent que “avant, c’était mieux”. 

Et sans doute que c’est ça, la vraie sagesse.

Et ça, c’est une autre histoire.

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Notes

Le livre de Bénédicte Tilloy – La Team – Le jour où j’ai quitté mon Comex pour une startup

Compte Twitter Bénédicte Tilloy

Pour aller voir les peintures de Bénédicte Tilloy sur Instagram

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