Partager sur facebook
Partager sur twitter
Partager sur linkedin

Bernard Tapie : échecs et succès d’un entrepreneur 1970-1990 – Ep 1

Je vous emmène aujourd’hui sur les traces d’une légende de l’entreprenariat en France : Bernard Tapie. Dans cette série exceptionnelle en 3 épisodes vous découvrirez l’homme, l’homme d’affaire, le repreneur d’entreprise, l’escroc, le beau parleur.


Été 1969. Cannes.

Le ciel bleu de Provence s’étale à perte de vue sur la  propriété de Marcel Loichot.

Confortablement installé face à la mer, le sexagénaire fume sa enième cigarette de la matinée. 

L’homme d’affaires et polytechnicien parcours sa revue de presse du matin, moins soucieux de cette France post mai 1968 que de son rendez-vous à venir. 

Marcel relève la tête. Son assistante vient d’introduire le visiteur. Un jeune homme au visage carré, brun, la mèche soigneusement coiffé sur le côté. 

Arrivé à la hauteur de Marcel Loichot, Bernard Tapie s’arrête et prend un instant pour jauger son interlocuteur avant de s’asseoir.

En face, le conseiller de Gaulle le regarde satisfait, en un éclair , il a compris qu’il a face à lui son poulain.

“Bernard, je voulais vous rencontrer depuis longtemps.”

En face, le jeune homme de 26 ans acquiesce, déjà sensible à la reconnaissance.  

“Vous dépensez beaucoup d’énergie pour votre affaire Club bleu… c’est admirable. Mais vous n’irez jamais très loin de cette manière.Maintenant, il vous faut franchir un palier en vous connectant avec l’industrie et le commerce, au plus haut niveau.

Tapie penche la tête en avant, impatient et curieux de la suite. Il écoute. 

“Je veux que vous rejoigniez ma société de conseil pour conseiller et redresser les entreprises. “

Un léger mistral se lève comme pour saluer la proposition de Marcel.

“J’accepte mais à mes conditions.”

Bernard Tapie vient de répondre, sans laisser même un flottement dans la conversation. Il sait déjà que l’hésitation est l’ennemi des affaires.

Je vous emmène aujourd’hui sur les traces d’une légende de l’entreprenariat en France : Bernard Tapie. Dans cette série exceptionnelle en 3 épisodes vous découvrirez l’homme, l’homme d’affaire, le repreneur d’entreprise, l’escroc, le beau parleur.

J’ai lancé un Patreon donc si vous voulez m’aider pour financer le podcast, pensez bien à cliquer ici. Un grand merci !

=> https://www.patreon.com/lapprenti

Table des matières

Tapie, un prolo avec de l’ambition

Bernard Tapie, piètre entrepreneur

Tapie, le redresseur d’entreprise

Tapie et le sport, une passion réciproque

L’homme favori des médias, un tremplin

Epilogue: ennemis et nuages s’accumulent

Notes

Tapie, un prolo avec de l’ambition

Le bruit de fraiseuse, Bernard ne veut plus l’entendre. 

C’est celui de la machine de son père, tourneur fraiseur. 

Lui et ses deux frères ne rêvent que de football ou de hand, dans cette banlieue modeste du 93. 

Le Bourget, ces HML, au milieu desquels Bernard grandit, sa mère, aide soignante et surtout son père ouvrier modèle du prolétariat.

Ce schéma, il le rejette en bloc, il refuse sa condition de fils d’ouvrier.

Hors de question de tout accepter sans broncher comme son père. Lui veut réussir, il n’a que ce mot à la bouche. Il ne sait pas encore quoi exactement mais il sait déjà qu’il va trouver comment.

Pour l’instant les grandes ambitions peuvent attendre. 

Élève moyen, il décroche son bac en 1961, pour intégrer l’École d’électricité industrielle de Paris. 

Il a déjà besoin de gagner de l’argent et enchaîne les petits boulots en parallèle de ses études. 

Au final, il finit par lâcher l’école plus intéressé par le terrain que par la théorie.

“Bonjour, vous avez un téléviseur chez vous ?”

Bernard écoute à peine la proposition du démarcheur planté devant lui avec ses prospectus.

Grundig, schneider, Radiola ses noms là n’évoquent pas grand chose pour lui.

En revanche, il comprend vite que le vendeur en face de lui est nul. 

Et il ne se gène pas pour lui dire. 

L’autre se décompose, Bernard comprend vite qu’il a été un peu trop direct.

Il commence à lui prodiguer des conseils et pris dans son élan, lui propose de lui montrer comment faire.

Et voilà nos deux vendeurs en herbe qui commencent à faire la tournée du voisinage. 

 “Bonjour, madame. On fait une enquête sur les programmes télé et on voudrait savoir si vous pouvez nous répondre.”

“Mais je n’ai pas la télé, monsieur !”

“Qu’à cela ne tienne, on en laisse une à votre disposition, vous allez la regarder pour nous dire ce que vous aimez ou pas, et puis on repassera dans une semaine pour récupérer le poste.”

Et ça marche.

Accrochés par le discours de Bernard,  les voisins prennent les postes chez eux et une semaine plus tard, quand ils reviennent, la vente est faite. 

Le fameux bagout que son père a toujours regardé avec méfiance lui rapporte de l’argent ! 

Après l’armée, Bernard travaille chez un vendeur de télévision. Sans surprise, il fait son chiffre mais ses relations avec son employeur sont – disons le- tendues.

Il finit par claquer la porte, l’autorité, quand elle n’émane pas de lui, c’est hors de question.

Être patron, lui semble plus simple finalement. Il ouvre alors son propre magasin de télévision, en 1964, près de la gare de l’Est à Paris.

Son  affaire en route, il se marie avec Michèle Layec. Leur union leur donne deux  enfants, Nathalie puis Stéphane.

Mais chaque fois qu’il franchit une étape, c’est plus fort que lui, il s’ennuie. 

Roulette, Blackjack, machines à sous. tout est bon pour le distraire, sans autre résultat que de lui faire perdre de l’argent.

Pas assez pour aller dans le mur, ça il le fera en course automobile, son autre passion. Un arbre met fin à sa courte carrière. Tapie se sort indemne de l’incident, téméraire mais pas fou, il se retire alors de la Formule 3000.

Le frisson, il va alors le chercher du côté du show-business. 

Chanteur à ses heures perdues, un producteur repère Bernard et son charisme. 

Il sort avec lui trois 45 tours, qui s’écoulent à  10 000 exemplaires. 

Un échec.

Comme son magasin de télévision où il finit par mettre la clef sous la porte.

Tapie n’est pas un gestionnaire.

Commence alors une dizaine d’années de créations d’entreprises, sans plus de succès.

Tapie se cherche.

Il ne sait pas encore quel chemin choisir mais il veut déjà réussir sa vie.

Bernard Tapie, piètre entrepreneur

Si l’échec est la marque des entrepreneurs, Tapie commence sa carrière avec succès.

La faillite de son  magasin de télévision est suivie de celle de son  magasin d’équipement pour la maison. 

Tapie persévère et finit par lancer “ le club bleu” : une centrale d’achat pour les comités d’entreprises.

Enfin un beau succès d’entrepreneur. Un succès d’estime parce que la boite marche bien mais ne lui rapporte pas tant que ça.

C’est que que s’échine à lui démontrer Marcel Loichot sous les palmiers cannois de cet été 69.

Bernard l’écoute mais n’est pas prêt à renoncer à sa liberté en travaillant pour un autre.

Il propose plutôt à Marcel de s’associer sur son  nouveau concept : Grand Dépôt. 

Un entrepôt qui vend de la hi-fi et de l’électroménager à une clientèle titulaire d’une carte. Autrement dit,  un grand centre de discount.

Ouvert en grandes pompes en 1971, Grand Dépôt ferme ses portes un an plus tard. Une nouvelle faillite assortie d’un mélange des genres qui porte déjà la marque de fabrique de Bernard Tapie. Le gardien de l’entrepôt ayant été requis pour faire du jardinage à son domicile personnel.

Tapie ne change pourtant rien dans sa manière de faire et continue l’entreprenariat à sa façon et sans succès

En 1974, il crée Coeur Assistance, un service de secours rapide aux personnes souffrant de problèmes cardiaques. Moyennant un abonnement de 800 francs par an, elles bénéficient des services de la société : suivi médical, appareils sophistiqués, transport en ambulance.

Dans les faits, il a encore survendu sa prestation. Sa société n’a que deux ambulances au lieu des cinq annoncés. Qui plus est, l’ordre des médecins, agacé par ce concurrent du Samu, interdit aux médecins de travailler pour Coeur Assistance.

Poursuivi pour publicité mensongère et infraction aux lois sur les sociétés, il est condamné par la justice à de lourdes amendes. 

Bernard Tapie ne doit son salut financier qu’à la loi d’amnistie de 1981, mise en place par un certain François Mitterrand. 

Entre ses multiples déconvenues, il commence à travailler avec Marcel Loichot dans la reprise d’entreprise.

Une révélation pour Bernard qui se découvre une vocation et un talent.

Au côté de marcel, Il apprend toutes les ficelles du métier, découvre les bilans et comptes de résultats, apprend à jongler avec les budgets, les chiffres et les cash-flows

Tapie se révèle meilleur “guérisseur d’entreprises” qu’entrepreneur. Son pouvoir de séduction, allié à ses intuitions et sa capacité à mener les hommes, fait merveille.

Il est brillant, bon conseiller, il sait aussi convaincre.

Son 1er fait d’armes qui tourne au fiasco ?

Gonflé par ses succès, il décide de viser plus grand et à l’international. 

Sa cible ou plutôt sa victime Jean-Bedel Bokassa, dictateur centrafricain et ami de Valéry Giscard d’Estaing. 

Bernard  débarque à Abidjan, en Côte d’Ivoire, où réside l’empereur en exil, et l’informe que ses multiples hôtels, biens, Cadillac ou Rolls vont être saisis par la justice française.

Il propose à Bokassa de racheter ses biens au comptant pour 10% de leurs valeurs initiales. 

Sous la pression Bokassa s’exécute.Tapie donne même à la transaction un vernis humanitaire en s’engageant à reverser une partie de ses gains à l’UNICEF.

Voilà l’homme d’affaires à la une des journaux.

Ce qui ne manque pas d’attirer les regards sur lui.

Il faut dire aussi qu’entre diplomatie, ex présidents et dictateurs, Bernard Tapie sort totalement de son domaine de compétences. 

Douanes,  Renseignements généraux, fisc sont bientôt à ses trousses. 

De son côté,  Bokassa comprend aussi qu’il a été roulé : il n’a jamais été question de saisir ses biens. 

Le tribunal d’Abidjan annule la vente pour « violence morale et tromperie » et  Tapie est condamné à verser 100 000 francs de dommages et intérêts.

La déconvenue n’affecte pas plus que ça le businessman qui a l’aube des années quatre-vingt se voit déjà en haut de l’affiche. 

Tapie, le redresseur d’entreprise

La fréquentation de Marcel Loichot et sa déconvenue africaine lui font prendre conscience qu’il doit se professionnaliser. Notamment d’un point de vue réglementaire.

Il s’adjoint alors les services de Claude Colombani, Directeur juridique et financier d’une société spécialisée dans les transactions d’entreprises.

L’homme finit de parfaire l’éducation économique de Bernard Tapie.

Voilà Bernard tapie prêt à se lancer seul dans le métier de repreneur. 

Sa méthode ? 

Deux équipes distinctes qui travaillent main dans la main. 

  • La première  analyse la boite, les bilans et les dettes.
  • La seconde audite les équipes en place. 

Pour le financement, il s’appuie sur une filiale du Crédit Lyonnais. 

Sa capacité à convaincre et son équipe font le reste.

Il  fait ses premières armes en 1977 avec la papeterie Duverger puis enchaîne les reprises dans les années quatre-vingt.

D’abord Manufrance, emblème national et célèbre  manufacture stéphanoise d’armes et de cycles.

Ce rachat plante le décor de ce qui va devenir  la marque de fabrique de Tapie : reprendre pour un euro symbolique des entreprises prestigieuses pour les relancer. 

Avec plus ou moins de succès. 

En attendant, les reprises défilent à toute vitesse : Terraillon, Look, La Vie claire, Testut, Wonder ou Donnay. 

Bernard en symbiose parfaite avec les années quatre-vingt affiche chaque reprise comme un  succès.

Au sein des entreprises, la réalité est moins rose

Adepte des méthodes américaines, il n’hésite pas à tailler dans les effectifs en véritable costkiller.

Si l’homme a du bagout pour entraîner les salariés à sa suite, il sait aussi être implacable.

Trois succès d’envergure dans les  années quatre-vingt vont contribuer à asseoir son image de sauveur d’entreprise. 

Wonder et Mazda deux fabricants de piles qu’il achète avec l’aide de Francis Bouygues.

L’homme de spectacle qu’il est en train de devenir met tout en place pour que ça marche. 

Après la reprise de l’entreprise, il arrive en hélicoptère dans la cour de l’usine de Saint-Ouen avant d’adresser un véritable discours de tribun aux salariés.

“En général, le repreneur dans une affaire, on ne le voit pas. Moi, je suis venu vous dire ceci : ma holding est une société en nom collectif, j’en suis donc responsable sur mes biens personnels. Si je réussis, je suis riche. Si je perds, je suis ruiné. J’ai cautionné un demi-milliard de dettes. Alors, dites-vous bien une chose, nous allons gagner. “

Et ils gagneront !

Notamment en se lançant dans l’innovation avec la création de la pile alcaline. 

Pile dont il va jusqu’à faire la publicité. Pour assurer le spectacle, Bernard est toujours là. 

On ne sait pas combien de piles fera vendre la publicité, en revanche Tapie vendra Wonder 500 millions de francs à des américains, pour un investissement initial de 30 millions de francs.

Puis c’est Terraillon, le fabricant savoyard de balances racheté pour 1 franc revendu 165 millions de francs à un autre entreprise américaine.

C’est enfin Look, l’entreprise de fixations de ski, basée à Nevers dans la Nièvre. 

Il diversifie l’activité de Look pour la lancer dans la fixation de pédales de vélo avec Bernard Hinault comme porte drapeau.

Il la revend en 1989 pour 260 millions de francs

Tous ces coups propulsent Bernard Tapie dans les classements des plus grandes fortunes de France… il est ainsi 7e en 1986.

Le Groupe Bernard Tapie en 1985 regroupe 42 entreprises pour un chiffre d’affaires de 5 milliard de francs.

L’homme n’oublie pas pour autant de soigner son image et s’affiche dans la presse comme le sauveur de l’emploi en France.

Par exemple, il fait la Une de VSD en 1985 avec cette citation en exergue :

“Mon projet pour créer 15 000 emplois” 

L’homme à soif de reconnaissance populaire. 

Et quoi de mieux que le sport pour lui offrir cette dernière ?

Tapie et le sport, une passion réciproque

Tapie adore le sport, en souvenir de ses parties de foot enfant mais aussi parce que le sport incarne les valeurs qui lui sont chères : efforts, défis, pugnacité, victoire. 

Alors quand, Bernard Hinault, le champion de cyclisme, tout juste remercié de l’équipe Renault  vient frapper à sa porte, il saute sur l’opportunité.

Tapie l’engage et lance sur le Tour de France, l’équipe cycliste  “La vie claire”.

 “La vie claire” ? C’est le nom de la chaîne de magasins bio qu’il vient de racheter ! 

Les deux Bernard vont même plus loin en développant des accessoires de vélos innovants : pédale et bientôt cadre en carbone. 

Entreprise et sport, la boucle est bouclée pour Tapie.

Hinault remporte 2 tours de France en 1985 et 1986. 

Bernard remporte la mise avec Hinault et en éternel homme de spectacle, il rend le cyclisme sexy avec sa personnalité et.. son chéquier

Après le vélo, c’est la voile.

Tapie rachète un quatre-mâts de soixante-douze mètres, qu’il renomme le Phocéa.

Son objectif : battre le record de la traversée de l’Atlantique en voilier monocoque. 

Tapie prend le départ de New-york avec ses 19 équipiers, Skippers et marins professionnels.

Huit jours, trois heures et vingt minutes  après le départ, le Phocéa est  à Saint-Malo.

La bateau de Tapie bat un record datant de 1905

Encore un exploit, mais il faut bien le dire, c’est le foot qui va consacrer la personnalité hors normes de Bernard tapie auprès des Français.

Quand Tapie est approché par l’écrivaine Edmonde Roux, la femme de Gaston Deferre, le maire de Marseille, l’OM est en pleine déconfiture. 

Sportivement et financièrement.

Tapie applique au club la même recette que pour les entreprises qu’il reprend.

Il rachète le club pour 1 franc symbolique puis y investit 100 millions de francs, sur ses fonds propres. Aguerri, il apprend vite les codes du milieu du football.

L’homme a de l’instinct et de l’argent.

Au fil des années, il achète de nombreux joueurs, célèbres ou avec du potentiel : Basile Boli, Jean-Pierre Papin, Eric Cantona, Fabien Barthez, Chris Waddle…

 A l’OM, on le surnomme le “Boss”. Il est partout : dans les vestiaires, les bureaux, sur le gazon.

Il faut dire que le football, théâtre de tous les excès, lui va comme un gant. 

À Rome fait comme les romains affirme le célèbre dicton. Tapie applique sans mal la formule à sa nouvelle ville de coeur :

À Marseille, il fait comme les marseillais. 

Et ça marche ! les marseillais l’adoptent d’autant plus vite qu’il porte l’OM aux nues. 

Quatre titres de champion de France consécutifs.

Et bien sûr la finale de ligue des champions.

Ce 26 mai 1993, Tapie entre au panthéon du sport français, avec la finale de la ligue des champions, OM-AC Milan.

Son Olympique de Marseille  remporte le match, seul club français à ce jour à tenir ce titre en ligue des champions. 

Désormais les marseillais  lui vouent une passion sans limite.

Et ça,  Bernard adore, il aime être adulé et possède depuis toujours un besoin de reconnaissance qu’il va chercher autant dans le sport que dans les médias.

L’homme favori des médias, un tremplin

Avril 1985. Paris 16e arrondissement.

12h19.

Bernard Tapie marche d’un pas rapide.

Une fois n’est pas coutume, l’homme est tendu.

Hors de question pour lui d’être en retard à son rendez-vous. 

L’image fugace de son déjeuner avec Marcel Loichot, 15 ans plus tôt, lui revient en tête.

Mais cette fois rien à voir. Le ciel est gris et l’homme qu’il doit rencontrer n’est autre que François Mitterrand.

Sur place, la sécurité fouille Bernard sans même qu’il pense à râler.

Trois étages plus haut c’est un Séguéla tout sourire qui l’accueille

“Bienvenue Bernard !

Séguéla s’écarte pour laisser apparaître un Mitterrand méditatif, encadré de deux conseillers austères. 

“Bonjour Mr Tapie ! On m’a beaucoup parlé de vous. Il était bien temps que je vous rencontre”.

“Bonjour Mr le président !”

Répond Tapie,  intimidé pour la première fois de sa vie. 

Monsieur Tapie, je suis surpris de voir comment vous avez parlé de l’entreprise, hier, dans l’émission Vive la crise. Même moi, vous m’auriez donné envie d’en faire. Ça vous dirait de faire une émission pour apprendre l’entreprise aux Français et donner aux jeunes le goût d’entreprendre ?

Bien sûr – répond Tapie.

L’idée même vient de redonner toute son assurance à l’entrepreneur. 

Le 28 février 1986, l’émission Ambitions est lancée avec Tapie comme présentateur. Le principe est simple: un jeune de moins de vingt-cinq ans, soutenu par Tapie, vient présenter son projet de création d’entreprise devant un jury.

L’émission de durera qu’un an.

Loin d’être anecdotique, l’émission éveille à ce moment-là la vocations de nombreux entrepreneurs comme Xavier Niel, Jacques-Antoine Granjon ou Marc Simoncini.

Tapie l’homme de spectacle explose les audiences à chaque passage.

Il est partout. Du programme culturel comme le grand échiquier, aux émissions de variétés comme Champs-Elysées.

Il devient la personnalité préférée des jeunes, l’homme le plus séduisant – juste derrière Alain Delon – pour les femmes, et gagne le titre d’homme de l’année 1984, décerné par les médias. 

Bernard jubile, chaque titre, chaque passage télévisuel est un morceau de reconnaissance qu’il savoure. 

Mais son  appétit insatiable commence à agacer. La réussite de ce prolo assumé dérange et certains en coulisse comptent bien le lui faire payer. 

Francois Mitterrand / Bernard Tapis – 30.04.1986 – Bordeaux / Marseille Photo: Max Colin / Icon Sport

Epilogue: ennemis et nuages s’accumulent

Quel défi reste-t-il à Bernard Tapie, après l’entreprise, le sport, les médias ? 

La politique bien sûr !

Adoubé par François Mitterrand, il se retrouve député en 1989 de la sixième circonscription des Bouches-du-Rhône.

Sa carrière politique est lancée.

Mitterrand reconnaît en lui l’animal politique qui peut, selon lui, faire barrage au Front national à Marseille. 

Bernard Tapie entre en politique comme partout avec fracas. Sans respecter les règles. 

Mais ici, le jeu est différent. 

Tapie est seul en politique. Il a peu de soutien. 

Ses succès, sa sur médiatisation agacent. Il est partout même dans les émissions de sport pour les femmes.

Allez Bernard ! 

Pourtant les nuages s’accumulent au-dessus de Bernard…

Le rachat d’Adidas en 1990 sonne comme un succès phénoménal mais il cache aussi un risque formidable. 

Et ça c’est une autre histoire.

Bernard Tapie et son invitée Fabienne Vernon sur le plateau de l’Èmission “Ambitions” Bernard Tapie and his guest Fabienne Vernon on the set “Ambitions” (Photo by Jean Claude Pierdet / Ina / Ina via AFP)

Notes

Bernard Tapie, Leçons de vie, de mort et d’amour – Franz-Olivier Giesbert

Notre ami Bernard Tapie – Ian Hamel

Tapie de A à Z – Christopher Nadot

https://www.lemonde.fr/disparitions/article/2021/10/03/mort-de-bernard-tapie-ancien-ministre-et-homme-d-affaires_6096929_3382.html

https://lesjours.fr/obsessions/bernard-tapie/ep2-tapie-capitalisme/

Pub piles Wonder – Bernard Tapie (1986)

Portrait Bernard Tapie sauveteur d’entreprises en difficultés – Archive vidéo INA

Portrait d’un brasseur d’affaires aventureux

Décès de Bernard Tapie, un homme d’affaires hors norme

Vidéo. Bernard Tapie, une vie d’artiste

Tapie, simple fric

Bernard Tapie – Wikipédia

Gloire et déboires de Bernard Tapie l’industriel

Tapie a 70 ans: le best-of de Nanard

Table des matières

Vous voulez avoir le prochain épisode en 1er et les coulisses ?